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 On raconte que le psy est plus fou que le fou lui-même... | Niamh

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MessageSujet: On raconte que le psy est plus fou que le fou lui-même... | Niamh   Mer 11 Juil - 17:21

on raconte que le psy est plus fou que le fou lui-même...
Je détestais les séances où je devais rester assis comme un abruti et m’entretenir avec mon psychologue, mon psychiatre, ou tout ce que vous voulez. De toute façon, je n’en voyais guère la différence ; à quoi servaient ces personnes après tout ? Ils étaient tous identiques, et on racontait que le psy était plus fou que le fou lui-même, cela voulait tout dire, non ?

Pour moi, cela signifiait beaucoup trop. Je n’appréciais pas ces séances, et je restais évasif quand on m’adressait la parole. Oui, enfin, là, j’allais être confronté à un problème de taille. Je m’étais retrouvé avec une nouvelle psychiatre, une dénommée Niamh O’Callaghan. Allez savoir l’intérêt de changer mon psy, mais il me semblait bien que l’autre était parti pour je ne savais quelles raisons. En fin de compte, pouvait-on réellement sortir d’Ostrov Island, que l’on soit un patient ou un membre du personnel ? J’en doutais fort.

Enfin, je m’en fichais. Je n’aimais absolument pas l’autre psy que j’avais eu, et celle-là, j’avais bien l’intention de ne pas lui adresser la parole une seule fois. Elle voulait s’entretenir avec moi ? Pas de problèmes ; qu’elle pose ses questions, et peut-être que je serais de bonne humeur en arrivant dans son bureau.

De bonne humeur, moi ? Je n’étais jamais de bonne humeur. Du moins, je l’étais, mais pas tout le temps, à vrai dire. Ah, foutez-moi la paix ! Je m’en fichais d’être plus irritable qu’un chien de chasse, ou d’aussi bonne humeur qu’une princesse Disney. Le tout était le résultat ; j’aimais être de mauvaise humeur, parce que je savais gérer, mais la bonne humeur, ce n’était définitivement pas mon truc. Et... oh, un garde. Bien sûr, il allait m’emmener directement dans le bureau de cette chère O’Callaghan. Etait-elle vieille ? Plus vieille que moi ? Il fallait le faire pour dépasser la trentaine ; quelle vieille accepterait de se retrouver à Ostrov après tout ? en dehors des patientes, bien sûr.

La trentaine, ce n’était pas vieux pour certains, mais je vous assurais que je commençais sérieusement à me sentir ainsi. J’étais vieux, et bordel, que foutais-je encore dans un asile psychiatrique ? Oui, enfin, je vous avouais bien être contradictoire là. J’avais clairement ma place ici, mais je n’aimais pas être enfermé. Pas plus que les autres, supposais-je.

Le garde me prit par le bras, et m’emporta jusqu’au bureau de mon bourreau. Ou bien était-ce Ostrov tout entier mon bourreau ? Oh, je n’en savais rien ; je savais qu’elle allait encore m’agacer, et davantage m’énerver. Et puis, c’était une psy. Et les psys avaient cette fâcheuse tendance à tenter de nous analyser tels des scientifiques. Nous n’étions que des marionnettes pour eux, de vulgaires marionnettes, et ils se foutaient bien de notre état, de tout. Tant qu’ils avaient leur job, c’était tout ce qui leur importait.

Ce satané garde toqua à la porte de son bureau, l’ouvrit, et me poussa avec plus ou moins de violence dans son geste pour que j’entre. Un regard haineux en arrière, je lui jeta :

« Eh, ça va, tu crois que j’ai besoin d’aide connard ? »

Calme-toi, Alexander. Je prenais une grande inspiration, et entendis la porte se refermer derrière moi. Etais-je coincé avec plus cinglée que moi ? Oui. Quoi ? elle ne l’était pas ? Oh, mais bien sûr que si. Souvenez-vous de ce que tout le monde disait : les psys étaient plus cinglés que les fous ; j’en concluais donc que Niamh O’Callaghan était pire que folle pour être tombée aussi bas qu’Ostrov.

Mais en levant les yeux vers ma nouvelle psy, j’en avais le souffle coupé. Oh. Mon. Dieu. Ce n’était pas une vieille folle, mais une jeune folle ! Un sourire moqueur vint se mettre sur mon visage, et je la regardais attentivement.

« Woah, rassure-moi, t’es pas ma psy. Célibataire, en couple, cœur pris ? Cœur brisé peut-être ? Je suis tout ouïe, ma belle. »

Avez-vous déjà prié ? Parce que moi, ça ne m'arrivait pas souvent. Mais là, en ce moment même, je priais pour qu'elle ne soit pas ma psy. Rien que pour la charmer et peut-être me la faire ; cinq ans enfermé, c'était pas facile à vivre, je pouvais vous l'assurer...
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MessageSujet: Re: On raconte que le psy est plus fou que le fou lui-même... | Niamh   Jeu 12 Juil - 12:11

On raconte que le psy est plus fou que le fou lui-même...
Alexander & Niamh

Un nouveau patient ! On m'a annoncé hier soir que l'on assignait un nouveau dossier, et je suis tellement excitée que j'en ai à peine dormi. Avec quatre patients à mon actif, ça y est, mon travail à Ostrov commence enfin à ressembler à un vrai travail. Je n'ai plus vraiment le temps de m'ennuyer, entre les consultations, les séances de mentoring avec Nathaniel et, malheureusement ou heureusement, je ne saurais dire, mes prises de tête constantes avec moi-même sur la réapparition de Matty dans ma vie. Cela fait déjà quelques semaines, et je n'ai toujours pas assimilé le choc des retrouvailles. Je ne sais toujours pas vraiment quoi faire ni penser, mais au moins, je suis rassurée car je sais enfin où il est. Toutes ces années passées à douter, à redouter le pire, c'en est terminé. Alors certes, j'aurais préféré ne pas le retrouver dans de telles conditions, mais il faut bien avouer que ça paraissait le plus probable pourtant...

Pour bien me préparer à la consultation d'aujourd'hui - et aussi un peu pour me sortir Matthew de la tête, je l'avoue - j'ai passé la soirée de la veille à étudier le dossier de mon nouveau patient : Alexander Malrow. La lecture du nom m'a fait hausser le sourcil; ce nom m'est familier, celui d'un autre patient d'Ostrov, Nolan. Après juste quelques secondes de lecture plus approfondie, il s'est avéré qu'ils appartiennent à la même famille. Des frères. Je soupire légèrement. Certaines familles n'ont pas de chance. Il faut dire que cette famille là, particulièrement, n'a pas eu de chance. Je ne connaissais pas grand chose de la vie de Nolan jusqu'à maintenant, seulement ce pour quoi il a été interné ici. Même si les deux frères n'ont pas vécus la même vie puisqu'ils ont été séparés par le système, cela donne tout de même une meilleure compréhension de comment le jeune homme en est arrivé là... Dans tous les cas, mon patient n'est pas Nolan mais bien son frère, Alexander. J'aurais peut-être l'occasion d'en discuter avec lui un jour, s'il est disposé. Alexander, donc. Hypomanie, agressions physiques, meurtre, hallucinations. Beaucoup de pathologies pour quelqu'un d'aussi jeune. Il semble que l'explication principale en soit la séparation d'avec son petit frère, qu'il a manifestement très mal vécue. J'ai pensé à son histoire toute la nuit, me tournant et retournant en imaginant la triste enfance qu'il a pu avoir. Cela remet immédiatement en perspective ma propre vie...

Assise à mon bureau, prête à rencontrer mon nouveau patient on frappe enfin à ma porte. Un garde ouvre la porte et pousse violemment un homme grand, brun, manifestement irrité et qui ressemble effectivement à son frère. Je fronce les sourcils mais le garde s’éclipse avant que je ne puisse lui faire de remarque. Je secoue légèrement la tête et soupire de dépit face à un tel comportement. Mais bien assez vite, je suis confrontée à un tout autre type de comportement. Je ne peux m'empêcher de laisser apparaître un petit sourire à la commissure de mes lèvres. Il faut bien admettre que la situation est coquasse. Je me racle la gorge et essaie de reprendre ma contenance, tout en gardant mon sourire. "Asseyez-vous, Alexander, s'il vous plaît." Je n'aime d'habitude pas vouvoyer mes patients, mais il faut dire qu'en l'occurrence, celui-ci est plus âgé et que j'ai été élevée selon ces valeurs, où l'on vouvoie ses aînés. Ce qui est d'autant plus bizarre pour moi, c'est de le vouvoyer alors qu'il est le frère de Nolan. Nolan qui, à défaut d'être mon ami, est un patient que j'apprécie et qui semble, pour quelque raison que cela soit, ne pas me détester comme il déteste la plupart des gens ici. Enfin, toujours est-il que du coup, c'est étrange d'en tutoyer un et de vouvoyer l'autre. Mais je ne connais pas Alexander, alors on va laisser les choses se faire tranquillement. Mais pas dans le sens dans lequel il l'espère. "Cela ne vous regarde pas, puisque dans tous les cas, les relations entre patients et personnel sont interdites." Il n'y a pas d'agressivité, pas de sécheresse dans ma voix. Il s'agit simplement d'un constat. De plus, je n'ai pas vraiment l'habitude de discuter de ma vie privée avec mes patients. Cependant, cela me fait penser que je suis effectivement bien en couple, malgré le fait de ne pas avoir donné de nouvelles à mon copain depuis des semaines. Pourquoi, demandez-vous ? Simplement parce que je ne peux pas. Je ne lui ai jamais parlé de Matty, et son retour dans ma vie a provoqué tellement de bouleversements que je ne sais pas quoi faire par rapport à Connor. Mais là n'est pas le moment pour réfléchir à ça. "Je suis bien votre psy, et j'espère que cela ne vous posera pas de problèmes, car j'ai très envie de vous aider."

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MessageSujet: Re: On raconte que le psy est plus fou que le fou lui-même... | Niamh   Jeu 12 Juil - 17:14

on raconte que le psy est plus fou que le fou lui-même...
Je n’avais que peu d’espoirs en la voyant, et maintenant qu’elle me vouvoyait et me demandait de m’asseoir, je comprenais parfaitement qu’elle était ma nouvelle psychiatre ; celle-là même qui me rappelait à l’ordre d’un simple constat : les relations entre patients et membres du personnel étaient strictement interdites. Je le savais très bien cela, mais à l’entendre le dire, j’en fis une moue boudeuse, tout en prenant place sur un fauteuil, en face de son bureau.

Je n’avais pas la moindre envie de coopérer sagement et d’être un « gentil patient » avec elle ; tester sa patience ? Non merci, je m’en passerais bien. Je la trouvais agréable à observer, c’était déjà ça, et puis, il fallait dire aussi que je m’attendais à voir une vieille folle en face de moi. Or, je me retrouvais avec une psychiatre magnifique et d’une grande beauté. Quel dommage qu’elle était une membre du personnel ; j’en aurais bien fait mon dessert. Mon dessert ? Oui, mon dessert. Le dessert était toujours la note sucrée du repas ; la meilleure note, et l’on terminait avec les bonnes choses de toute façon.

Je ne la comparais pas à de la nourriture, ne vous inquiétez pas, mais cela me fit légèrement sourire de l’imaginer en une jolie tarte au citron meringué. Un peu acide sur les bords, mais la meringue apportait quelque peu de la douceur.

M’affirmant être bel et bien ma psy, elle me révéla qu’elle espérait que cela ne me pose pas de problèmes puisqu’elle avait, je la cite, « très envie de m’aider ». M’aider, moi ? Un malade mental qui était arrivé dans cet asile débile suite au meurtre d’une... d’une incapable qui ne méritait pas la vie. En y repensant, je soupirais. Si elle voulait m’aider, alors qu’elle le fasse, mais je n’étais pas bien sûr d’être prêt à recevoir de l’aide.

Reprenant rapidement mes esprits, je fis une légère grimace et lui dis aussitôt :

« Si tu veux m’aider, commence déjà par me tutoyer. J’ai l’impression d’être un vieux crouton quand on me vouvoit. »

Ma grimace laissa ensuite place à un sourire amusé, et je me redressais correctement sur le siège sur lequel j’avais pris place lorsqu’elle me l’avait demandé.

« Le type qui s’occupait de moi avant que tu n’arrives me vouvoyait tout le temps. Et en plus de ça, il était franchement un incapable. Je me demande. Comment une aussi jolie jeune femme comme toi a pu se retrouver dans une merde pas possible comme Ostrov ? »

Je devais avouer être malgré moi étonné de voir une jeune femme qui avait toute sa vie devant elle en ce lieu. Mon psy d’avant était vieux et dépassait largement la trentaine, oui, alors pitié, ne dites pas que moi je le suis. Même si... je commence à vieillir ; mais je n’approche pas encore la quarantaine : mon psy, lui, était à sa cinquantaine s’il vous plaît ! Et il commençait à devenir sourd, ou malentendant, ou en tout cas, il était chiant. Trop chiant même. Il ne parlait jamais et me fixait. Perturbant ? pas qu’un peu.

Niamh O’Callaghan. Un magnifique prénom, un sublime nom, pour une silhouette hors du commun. Une femme d’une beauté grandiose, d’une beauté éclatante même. Je devais avouer, sur ce coup-là, qu’elle était bien plus somptueuse... enfin, resplendissante que Christie. Ah, ma chère Christie, pardonne-moi de là où tu es, mais j’avais trouvé plus belle que toi sur cette planète. Et à mon plus grand malheur, elle était respectueuse des règles établies pour le personnel. Je supposais que les relations sexuelles, elle les prenait aussi en compte lorsqu’elle parlait de « relations entre patients et personnel ». Peut-être devrais-je le lui demander ? Mh, non. Elle s’énerverait sûrement à m’entendre parler de ce genre de choses.

Pourquoi est-ce que je ne devenais pas un religieux ? Je respectais absolument tous les critères de sélection, non ? Ne te pose pas de questions, mon vieux ! me dis-je. J’étais fou, et c’était un critère qui allait à l’encontre de la religion. Quelle religion acceptait la folie ? Je n’avais pas la foi ; et je n’avais pas l’envie de m’y mettre. Allez, parlons, parlons, mais je me savais peu coopératif aujourd’hui et bien trop distrait.

Je mourrais d’envie de faire quelque chose, alors m’y mettant, je jouais avec le bas de mon t-shirt. Il fallait que je m’occupe, et en m’occupant, je jouais, ou je parlais. Tiens, et si je lui parlais ? Bonne idée.

« Que penses-tu de la philosophie ? Tu savais qu’en se demandant pourquoi le ciel était bleu, cela relevait de la réflexion philosophique ? Ça doit être chiant de toujours parler philosophiquement, de penser philosophie ; je ne pourrais pas, à vrai dire. »

Dis-je avec indifférence. Il fallait bien que je m’occupe, alors je parlais un peu. Oui, promis, j’allais me montrer coopératif avec la jeune femme en face de moi, mais en attendant, qu’elle me laisse parler un peu.

« L’autre jour, j’ai croisé un type. Ouais, un type. Tu aimes le poulet ? Je n’aime pas particulièrement le poulet. »

Non, je n’aimais pas vraiment le poulet. Mais ça dépendait. Enfin, non, ça ne dépendait pas. Allez, réfléchis deux secondes. Tu aimes le poulet ou tu n’aimes pas le poulet ? Bon, partons sur le fait que tu aimais bien le poulet, mais qu’en fin de compte, tu n’aimes plus spécialement le poulet. Et pourquoi ne pas dire qu’avant, tu n’aimais pas le poulet, mais que tu as fini par apprécier le goût de cette viande blanche ?

Finalement, je lui souris en hochant légèrement la tête. Ouais, la vie était compliquée, ma p’tite dame. C’était pas à moi qu’il fallait le dire.
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MessageSujet: Re: On raconte que le psy est plus fou que le fou lui-même... | Niamh   Ven 13 Juil - 12:07

On raconte que le psy est plus fou que le fou lui-même...
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Alexander est manifestement très surpris de se retrouver en face de moi. Il n'arrête pas de me dévisager, mais je dois bien avouer que j'en ai l'habitude : peu de gens y croient vraiment, quand ils me voient moi, toute petite et aussi jeune, bien installée dans mon fauteuil de psychiatre. Cela ne me dérange pas plus que ça, personnellement, mais pour beaucoup de patients, c'est difficile à encaisser d'être suivi par une jeunette comme moi, qu'ils estiment sans expérience et méprisent. J'ai commencé à porter des lunettes seulement pour me donner un air plus âgé, mais au final je ne suis pas sûre que ça fonctionne aussi bien que je l'avais imaginé, et en plus ma vue s'est logiquement détériorée. Enfin, pour le coup, Alexander est sincèrement surpris par mon jeune âge mais n'a pas l'air de m'en juger pour autant. Agréable. Ce qui devient de moins en moins agréable cependant, et me met graduellement mal à l'aise, c'est les arrières-pensées que j'arrive à déchiffrer dans ses yeux quand il me regarde. Encore une fois, ça n'est pas la première fois que cela arrive, mais contrairement aux à priori sur mon âge, les remarques - à voix haute ou silencieuses - sur mon physique me gênent toujours au plus haut point. Je suis consciente de ne pas être horriblement laide, mais disons que je n'ai jamais profité de mes attributs pour quoi que ce soit. Bon, il faut aussi dire qu'en étant enfermé dans un hôpital, le jeune homme ne doit pas, malheureusement pour lui, satisfaire ses envies comme il lui plaît.

Malgré tout, face au comportement un peu enfantin d'Alexander qui fait la moue en prenant place face à moi, déçu que je sois bel et bien sa psychiatre, je ne peux à nouveau retenir un petit sourire malicieux. J'ai beau savoir pertinemment que sa pathologie peut l'entraîner dans une colère folle d'un moment à l'autre, je ne peux m'empêcher de le trouver drôle et avenant. Son attitude un peu hautaine me rappelle indéniablement quelqu'un... Tirée de ma rêverie par la voix de mon interlocuteur qui me demande de le tutoyer, je suis soulagée et laisse échapper un petit rire à sa remarque. Non, trente ans ça n'est pas vieux, mais il faut dire que la grande majorité des patients ici sont plus jeunes de quelques années, alors cela doit effectivement lui faire bizarre. Il enchaîne sur une description peu glorieuse de son précédent psychiatre, manifestement le stéréotype du praticien soporifique, et arrive à me demander comment j'ai atterri ici. Ah, l'éternelle question. Celle que se sont posé mes parents, Connor et tous mes amis quand je leur ai annoncé ma décision. Celle que je me pose encore parfois, mais maintenant que j'y ai retrouvé Matthew, je me dis que c'est logique, après tout. Je ne le savais pas, mais je devais venir ici. Je me contente alors de hausser les épaules, ne perdant pas mon sourire."Tout le monde a besoin d'aide. Ici autant qu'ailleurs, alors pourquoi pas ?" De toute façon, mon patient n'a pas besoin d'en savoir plus. Je n'ai pas pour habitude de discuter de ma vie privée dans le cadre de ma vie professionnelle, même si je ne suis pas les méthodes traditionnelles la plupart du temps.

Et en tout cas, Alexander n'est pas le profil type du patient non plus. Malgré son âge, il se comporte de plus en plus comme un enfant, jouant avec le bas de son T-shirt et déblatérant un flot de paroles interminable et sans queue ni tête. Je sais pertinemment qu'il essaie de gagner du temps, qu'il ne veut pas me parler de quoi que ce soit, mais malheureusement, ça n'est pas comme ça que ça se passe. Je prend cependant tout de même le temps de lui répondre, pour ne pas le contrarier dans un premier temps, et puis aussi parce que je ne vais pas non plus rentrer dans le vif du sujet comme ça d'un coup. "Honnêtement, je n'y connais pas grand chose en philosophie. Et je pense qu'il faut laisser ça aux philosophes... puisque c'est un métier à part entière, apparemment." Je lève légèrement les yeux au ciel. Je n'ai jamais particulièrement apprécié ce sujet, ni à l'école ni dans la vie courante. La vie est compliquée oui, mais pourquoi essayer de chercher à comprendre ce qui la rend compliquée, en plus ? J'essaie de me retenir de rire alors qu'Alexander raconte absolument n'importe quoi, mais me permet un petit mouvement de la tête de gauche à droite avec un sourire en coin, car il n'y a pas à faire, je trouve ça drôle. "Alexander..." J'essaie de reprendre mon sérieux et de contenir la note d'amusement dans ma voix. "Nous ne sommes pas ici pour discuter de nos préférences alimentaires, malheureusement. Crois-moi, je pourrais en parler pendant des heures. Je préférerais qu'on aborde un autre sujet. Comme ton frère, par exemple ?" Pari risqué. Il semble que j'ai choisi d'entrer le vif du sujet, finalement.

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MessageSujet: Re: On raconte que le psy est plus fou que le fou lui-même... | Niamh   Ven 13 Juil - 22:41

on raconte que le psy est plus fou que le fou lui-même...
Lorsque ma nouvelle psychiatre me disait que tout le monde avait besoin d’aide, je la croyais sur parole. Bien sûr, tout le monde en a besoin, et je ne disais pas le contraire, mais qui en voulait ? Dans mon cas, j’en avais certainement besoin, mais je ne voulais pas qu’on m’aide. Bien qu’Ostrov était un lieu franchement désagréable à y vivre, je devais avouer que c’était grâce à cet asile de dégénérés que j’avais pu retrouver une bonne fois pour toute mon petit frère, alors pourquoi vouloir de l’aide lorsqu’on savait que tout ce qu’on désirait était à nos côtés maintenant ? Également, je me disais souvent que les personnes, ici, qui avaient le plus besoin d’aide de la part de psychologues et de psychiatres étaient certainement les membres du personnel eux-mêmes. Je trouvais leurs agissements étranges et incompatibles avec l’envie de venir en aide ; ils n’avaient aucune forme de sympathie à notre égard, et nous traitaient comme des moins que rien, comme de simples cobayes là où ils quémandaient des expériences approfondies sur des êtres humains coincés dans un lieu tout aussi minable et vieillot qu’un asile sur une île. Autrement dit, nous nous retrouvions actuellement dans un cliché scandaleux d’un film d’horreur digne de ce nom avec des manipulations du côté du personnel et des patients et patientes à l’ouest. Shootés aux médocs comme le supposaient les médias ? Bien sûr que les patients l’étaient ! mais attendez un peu. Je vous parierais n’importe quoi pour vous démontrer par A plus B que les membres du personnel n’étaient pas mieux...

Je vis cette magnifique jeune femme lever les yeux au ciel alors qu’elle me répondait à propos de la philosophie. Elle avait raison, sur ce coup-là ; laissons-donc les philosophes exercer leur métier, eux qui savaient tout des réflexions philosophiques et de leurs questionnements hallucinants et débiles. Je ne trouvais aucune logique à la philosophie, mais je ne trouvais aucune philosophie à la logique. Comprenez mon raisonnement : rien ne pouvait être ni logique ni philosophique, et tout n’était que folie en fin de compte. C’était de la pure folie d’enfermer des êtres humains, qui avaient également des droits, dans un lieu qu’ils ne toléraient pas et ne supportaient absolument pas. N’avais-je pas raison ? Bien sûr que si, j’avais raison. Je ne disais pas avoir toujours raison, mais avouons-le nous pour une fois : je n’avais pas tort aujourd’hui. Ma psychiatre eut un sourire en coin et m’appela par mon prénom. Je relevais la tête vers elle, fronçais les sourcils ; après m’avoir rappelé à l’ordre en quelque sorte en me révélant une chose que je savais, c'est-à-dire que nous n’étions pas ici pour parler d’habitudes alimentaires, et que pourtant, elle aurait beaucoup de choses à dire —ce qui me fit légèrement sourire devais-je avouer—, elle m’avoua préférer aborder le sujet de mon frère.

Mon cher petit frère, Nolan. Pourquoi voulait-elle que je lui parle de lui ? Elle pensait sûrement, comme ce vieux psy que je haïssais, que j’étais le fautif de la chute sombre et éternelle de mon propre petit frère, de mon sang. Mensonges. J’avais accidentellement tué une femme, et provoqué une réaction pour le moins inattendue chez lui ; mais je n’étais en aucun cas fautif de son arrivée ici. Allait-elle aussi m’accuser d’être un monstre hideux parce que j’avais tué quelqu’un sans même le vouloir ? Qu’elle le mette sur le compte de ma folie pure et dure ; j’étais malade, alors j’avais clairement le droit de mettre la faute sur ce qui était en train de pourrir ma vie pour l’éternité. J’avais grandi dans le malheur et le supplice de ne rien connaître à une vie incroyablement belle, et je mourrais dans un endroit repoussant et malheureux. Si ça n’était pas le karma qui s’abattait sur moi, je ne savais pas ce que cela pouvait être !

Fronçant les sourcils, je la regardais et cessais mon activité « je joue avec mon tshirt ». De toute façon, j’avais maintenant autre chose à faire puisqu’elle abordait un sujet sérieusement... en faite, je n’avais rien à dire sur Nolan. C’était mon petit frère, et je l’aimais comme un grand-frère, voilà tout. Mais c’est alors que mon sourire apparut sur mes lèvres, et, observant calmement Niamh, je lui souriais avec amusement.

« Si tu veux parler de Nolan, parlons de lui. Que veux-tu que je te dise ? »

Je fis mine de réfléchir et d’avoir ensuite une idée ingénieuse, puis lui dis :

« On pourrait parler du fait que j’aime énormément mon petit frère. C’est vrai, c’est quelque chose de tout naturel chez un aîné d’aimer son cadet ; tu as des frères et sœurs ? Si c’est le cas, tu dois comprendre ce que c’est. En tant qu’aîné, je me dois d’être... comment dire ? irréprochable. Et je ne parle pas de faire de conneries ou autres ; on s’en fout de ça. Non, je dois l’aimer réellement et sincèrement, ce que je fais au quotidien sans que personne ne me force à le faire. Oui, c’est ça. Un grand frère a des devoirs qu’il se doit de respecter ; et le devoir le plus important est d’aimer sa fratrie. Or, ma seule fratrie étant mon petit frère, je ne peux que l’aimer lui. Tu comprends ? »

Je souris de nouveau, et enchaînais :

« Ou bien tu veux que je te parle de Nolan, mais sur un autre thème. Pourquoi est-ce que je n’ai pas essayé de le retrouver alors que j’étais majeur, et libéré de toute contrainte de nos foyers d’accueil ? C’est vrai, nous aurions eu une vie meilleure. Comment serait-il si j’avais fait le premier pas ? Comment serais-je ? »

Et finalement, je disais :

« Ou, qu’en sais-je, tu veux peut-être que je te parle de ce qu’a fait Nolan ; tu sais, la fusillade. Est-ce que je suis fier de lui ? Est-ce que j’aurai préféré qu’il ne le fasse jamais pour ne pas se retrouver à Ostrov ? Mais dis-moi, est-ce que ce serait être un très mauvais grand-frère de te dire que le savoir avec moi est mieux que de le savoir loin de moi ? J’aime Nolan ; c’est mon petit frère, et notre lien est imbrisable. »
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Dernière édition par Alexander D. Malrow le Mer 25 Juil - 16:34, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: On raconte que le psy est plus fou que le fou lui-même... | Niamh   Mer 25 Juil - 15:25

On raconte que le psy est plus fou que le fou lui-même...
Alexander & Niamh

L'atmosphère dans la pièce, jusqu'à maintenant plutôt détendue et amicale, est soudainement devenue plus pesante après que j'ai mentionné à Alexander mon souhait de discuter de son petit frère. Je le vois abandonner le sourire en coin manifestement caractéristique des frères Malrow, froncer les sourcils et s'arrêter brusquement de jouer avec son t-shirt. Incapable de déceler le flot de pensées qui l’inonde probablement, j'attends simplement qu'il me réponde, non sans une certaine appréhension. Je savais que le sujet est délicat, et je n'ai aucune idée de la réaction qu'il pourrait bien avoir. Après quelques secondes, le fameux sourire amusé refait son apparition sur le visage de mon interlocuteur qui me repose une question en retour. Mais je n'ai même pas le temps d'ouvrir la bouche qu'il y répond lui même, déversant un monologue sur différents sujets concernant Nolan. D'habitude, il est toujours difficile de tirer les vers du nez des patients et de leur arracher ne serait-ce qu'une phrase; si tous pouvaient être aussi loquaces qu'Alexander, j'avancerais beaucoup plus vite. Manifestement, sa relation avec son petit frère a été amenée sur la table de nombreuses fois, et je décèle dans son ton subtilement agacé qu'elle lui a été reprochée. Je sais qu'Alexander n'est pas un enfant de cœur, mais à la lecture de son dossier, et en écoutant maintenant son discours, je ne doute pas une seconde que la dernière chose qu'il souhaite est le malheur de son frère, d'une manière ou d'une autre. Et, si tant est que quelqu'un ai déjà suggéré que Nolan ait été influencé par les actions de son frère, il est de mon avis que chacun est maître de ses propres décisions; Nolan n'ayant pas de troubles de la personnalité ou autre condition qui ne le rende pas à même de comprendre les conséquences de ses actions, j'estime que personne, ni son frère ni autre, n'est responsable de ce qu'il a fait.

Ne serais-je pas légèrement contradictoire, êtes-vous en train de vous dire. Moi, la meilleure amie défenderesse d'un sociopathe pyromane meurtrier, qui suis persuadée que si sa famille ne l'avait pas traité de la sorte, les choses auraient pu être différente. Qui reste convaincue d'avoir eu une part de responsabilité dans cette horrible histoire, par mon départ. A cela je vous réponds de bien vouloir vous occuper de vos affaires, merci. Il s'agit ici d'un cas complètement différent, et puis vous n'êtes pas psychiatre, vous, à ce que je sache. Alors laissez les professionnels faire leur travail.

Bref. Alexander termine sa tirade par une conclusion digne de lui : en prêchant son amour inconditionnel pour son frère. Je me réserve une petite minute pour assimiler toutes les informations, et pour lui laisser le temps de reprendre son souffle. Ce temps écoulé, je lui offre un sourire bienveillant. "J'étais simplement curieuse de savoir ce que tu ressens maintenant que tu l'as retrouvé. Vous avez été séparés pendant très longtemps - trop longtemps, et j'avais déjà bien compris à la lecture de ton dossier, mais encore plus maintenant, que tu l'aimes énormément." Un vent de nostalgie s'empare de moi en repensant à mes parents, et je reprends. "Je ne peux pas prétendre comprendre l'amour fraternel, non. Je suis moi-même fille unique. Mais je ne crois pas qu'il y ai quoi que ce soit de mal à aimer ton frère comme tu le fais."

Aborder le thème de la culpabilité aussi tôt n'étais pas dans mes plans à l'origine, mais puisque c'est lui qui l'a amené de lui-même, j'en profite pour lui poser une autre question, ou plutôt une remarque : "Je me doute bien que tu as fait ton possible pour le retrouver plus tôt. Manifestement, une partie de toi s'en veut de ne pas avoir réussi..." Je me redresse un peu et pose mes mains croisées devant moi, fixant Alexander dans les yeux. "Je ne te fais pas de reproches, Alexander. Je ne crois pas que tu sois l'origine des maux de ton frère, mais je pense plutôt que c'est votre séparation qui vous a conduit ici, tous les deux, finalement. Alors, je ne suis pas la psychiatre de Nolan, mais si on arrivait à en parler tous les deux, je pense que ça pourrait t'aider à aller mieux." Alexander ne me frappe pas vraiment comme le genre de patient à chercher de l'aide, mais peut-être est-ce seulement parce qu'il n'a jamais eu le bon interlocuteur en face.

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MessageSujet: Re: On raconte que le psy est plus fou que le fou lui-même... | Niamh   Mer 25 Juil - 17:18

on raconte que le psy est plus fou que le fou lui-même...
Aussi étonnant que cela puisse vous sembler, mais je n’avais jamais autant parlé à mon ancien psychologue. Ou peut-être était-il un vieux psychiatre ? Je ne m’en souviens plus vraiment, et je m’en fiche un peu. Mais oui, je n’avais jamais dit autant de mots lors d’une séance médicale, imposée pour chaque patient de cet asile de dégénérés, de cinglés, et d’abrutis en tout genre. Non, bien entendu que non ; les patients n’étaient pas des abrutis. Les membres du personnel, eux, l’étaient. Cela n’était évidemment plus une chose à démontrer, étais-je convaincu de ce que je disais. De toute façon, j’avais eu l’envie de dire tout cela. Je ne voulais pas qu’on me reproche -encore et toujours plus- ce qui était arrivé à mon petit frère. Je subissais suffisamment de remarques négatives de la part de ce vieux crouton qu’était le prédécesseur de ma nouvelle psychiatre pour en recevoir encore.

Finalement, alors que je ne lui avais laissé aucun temps de paroles, elle m’offrit un sourire bienveillant. Oh. De la bienveillance sur son visage, cela la rendait d’autant plus mignonne que tout. Pour autant, je n’appréciais pas forcément cette dite bienveillance ; les membres du personnel d’Ostrov étaient tous de foutus comédiens, et vous savez quoi ? Je croyais dur comme fer à la notion du theatrum mundi : nous jouions tous un rôle, bien que cela ne se déroule pas sur une petite scène, mais bel et bien sur l’immensité de l’étendue de terre et d’eau que pouvait nous donner la Terre, notre planète. Tout n’était que faux semblants, que mensonges et illusions ; je ne pouvais accepter de la bienveillance de la part de quelqu’un. Patient ou personnel.

Pour autant, je ne pouvais pas non plus refuser ce cadeau fait de bienveillance. Elle m’avoua alors n’avoir été que curieuse de connaître mes ressentis, maintenant que j’avais retrouvé mon petit frère. Oh. J’eus sans doute une mine surprise, puisque je ne m’attendais pas vraiment à autant de gentillesse la première fois. Je n’avais pas été le patient le plus aimable, et mes remarques quelque peu déplacées n’étaient pas forcément ce qui devait lui plaire le plus au monde. Elle continua en me disant que nous avions été séparés très longtemps -trop longtemps selon elle, et je ne pouvais être que d’accord, et qu’elle avait compris que je l’aimais, même si elle le comprenait encore plus maintenant. Bien. Je lui souris. J’étais satisfait de ce qu’elle pensait, parce que, pour une fois, on ne me jugeait pas sur un amour sincère que j’avais pour mon petit frère qui serait prétendument complètement erroné par mon hypomanie et mon état de folie. Tch, cette saleté de vieux avait osé prétendre que mon amour fraternel n’était qu’une pure invention de mon esprit, pour ne pas avoir à culpabiliser pour ce que j’avais fait, et lui avais fait endurer. Quel être infâme ! quel être infâme. Que Dieu le maudisse, de là où il était. Qu’il aille croupir en Enfer, et que la colère du Seigneur s’abatte de toute sa grande puissance, de toute sa divine puissance, sur cet homme qui ne méritait que la torture et non pas la mort.

J’appris alors de sa part qu’elle était fille unique, mais qu’elle ne pensait pas que le fait que j’aimais Nolan de cette façon soit mauvaise. Tant mieux. Cela me faisait plaisir d’entendre de pareilles choses. Si nous étions sur la même longueur d’ondes, alors c’était parfait pour moi et pour les séances à venir, n’est-ce pas ? Non, parce que je n’avais pas l’intention d’être perturbé par quelqu’un qui me fixait continuellement, un sourire frôlant la perversion sur les lèvres, et à attendre que j’ouvre la bouche. Je ne l’ouvrais jamais ; qu’aurait-il pu faire si je l’avais ouvert ? Oh, qu’on m’enlève ces foutues images de la tête, par pitié !

Je perdis tout sourire en l’entendant poursuivre. Quoi ? La séance n’était pas terminée ? Je pensais pouvoir partir sur une bonne note, sur ma petite fierté personnelle d’avoir le droit d’aimer de cette façon mon petit frère, et d’avoir en plus de cela la certitude que ce n’était pas un amour mauvais. Elle me confiait maintenant qu’elle se doutait bien que j’avais fait de mon possible pour le retrouver plus tôt, mais qu’une partie de moi semblait s’en vouloir de ne pas avoir réussi. Niamh avait cette capacité à aborder des sujets fâcheux que je n’aimais pas forcément. Je n’allais tout de même pas me montrer coopératif jusqu’au bout, si ? Si elle pouvait m’offrir un petit verre d’alcool, je ne dirais certainement pas non à plus de paroles échangées, mais mon quota de mot avait été actuellement atteint. Je ne pouvais pas parler plus, c’était tout bonnement impossible. Et je me l’interdisais. Catégoriquement.

Je la vis alors se redresser sur son fauteuil, et poser ses mains croisées devant elle, me fixant maintenant dans les yeux. Elle avait de jolies prunelles bleutées. Ainsi, elle vint me révéler qu’elle ne me faisait pas de reproches, et qu’elle ne croyait pas que j’étais l’origine des maux de Nolan, mais que l’origine devait être notre séparation à tous les deux. Puis, elle me fit part de son souhait de vouloir parvenir à parler tus les deux pour m’aider à aller mieux. Sauf que je ne voulais pas aller mieux. Et je ne voulais pas d’aide.

Je lui souris avec amusement, et lui dis, en la regardant dans les yeux -comme elle en avait de beaux !

« Ça me fait plaisir que tu ne me fasses aucun reproche ; je n’en ai pas l’habitude, mais tu dois bien savoir que m’aider à aller mieux, c’est entraîner ma destruction définitive. Nous savons tous les deux qu’un patient en parfaite santé finira par crever comme un chien à Ostrov, parce que, guéri ou non, il ne ressortira jamais de ce lieu pourri et immonde. »

Alors pourquoi devrais-je tenter d’aller mieux ? Pour autant, je roulais des yeux, et lui souris amicalement, cette fois-ci. Je n’allais pas être méchant jusqu’au bout ; je ne voulais pas non plus passer des séances médicales dans le silence total, ce que j’avais eu l’habitude de faire, mais c’en était trop, et il fallait savoir dire « stop ! », ce que je faisais maintenant.

« Parlons-en si ça te tient tant que ça à cœur. De toute façon, tu peux compter sur moi pour te répondre. J’ai connu les séances de muets jusqu’à ton arrivée, et j’ai pas envie de retomber là-dedans. En plus d’être franchement une perte de temps, ça me met dans une colère noire que tu ne peux même pas imaginer. Tiens, un jour, j’ai même tenté de l’agresser, parce qu’il m’énervait à ne pas parler. J’ai été privé de nourriture. »

Ne vous moquez pas de moi ; il ne fallait pas tester mes limites, et ma patience était si minuscule que c’en devenait atrocement agaçant. Alors un psychologue, ou psychiatre, qui ne parlait jamais et qui attendait que je parle, sans même me dire quoi faire ou quoi dire, c’était ce qu’il y avait de pire, et de plus énervant. J’avais tenté de l’agresser. Mais simplement tenté ; je n’avais pas réussi. Dommage. Parce que je l’aurai bouffé.
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MessageSujet: Re: On raconte que le psy est plus fou que le fou lui-même... | Niamh   Mer 12 Sep - 11:33

On raconte que le psy est plus fou que le fou lui-même...
Alexander & Niamh

Alexander semble se détendre peu à peu et laisser retomber les barrières qu'il avait immédiatement dressées dès lors que j'avais fait mention de son petit frère. D'abord menacé par ce que j'avais potentiellement à dire, il s'est vite rendu compte que mes intentions ne sont pas de le blâmer, mais plutôt d'essayer de comprendre ce qu'il s'est passé pour qu'ils en arrivent tous les deux à cette situation. Je ne doute pas du diagnostic de mon patient : son hypomanie est clairement apparente, mais je ne suis pas persuadée qu'elle affecte cet aspect de sa personnalité. Certes, ses sentiments pour son frère sont d'une rare intensité, même si je n'en ai pas moi-même l'expérience, très peu de gens sont aussi fusionnels avec leurs frères et sœurs. Cependant, je pense que ce fort attachement est sincère, et bien que possiblement influencé par sa condition, il a toujours été là, bien avant l'apparition des symptômes. Vous direz que je m'avance bien vite et que je ne connais pas la personne en face de moi, mais vous n'avez pas fait les études que j'ai faite et l'expérience que j'ai. L'instinct peut être une des meilleures armes d'un psychiatre, en tout cas c'est mon avis.

Evidemment, mon instinct m'a soufflé qu'Alexander n'était pas le genre à accepter ou même rechercher l'aide de qui que ce soit, et il ne s'était pas trompé. Il n'est manifestement pas ravi de me voir continuer dans mon monologue, ayant probablement préféré que l'on en reste à ce qu'il voulait entendre. Malheureusement pour lui, cela ne fait qu'une quinzaine de minutes qu'il a pris place en face de moi, et comme il s'est montré particulièrement loquace depuis le début de notre entretien, je ne suis pas encore prête à le laisse filer et risquer de perdre cette opportunité. Un énième sourire amusé de sa part accompagne des paroles plutôt pessimistes sur les perspectives d'avenir de tous les patients d'Ostrov. Alors que depuis son arrivée dans mon bureau, chacun de ses sourires malicieux provoquait malgré toute ma bonne volonté un amusement certain que j'avais eu du mal à cacher, cette fois je m'attarde sur ces mots plus que ce sourire. "Je ne suis pas d'accord. Certes, l'enfer n'est pas pavé de bonnes intentions, mais tout le monde n'est pas un démoniaque psychiatre." Est-ce que je viens limite de me comparer à un ange ? Peut-être, je dois dire que je me perds parfois moi-même dans mes raisonnements qui partent parfois un peu trop loin. "Ce que je veux dire, c'est que mon seul intérêt est justement de vous aider à aller mieux, toi et mes autres patients, pour arriver à quitter cet enfer. Quelle utilité auriez-vous pour eux si vous êtes guéri ?" Certes, la notion de guérison est peut-être un peu trop optimiste, mais l'idée est là : des éléments sains ne sont plus un atout pour l'hôpital, qui sans les circonstances atténuantes des pathologies, se retrouverait purement et simplement en position de tortionnaire bafoueur des droits de l'Homme. Je ne dis pas que profiter de la condition des patients pour leur faire subir le même traitement est moral, bien au contraire, mais malheureusement, c'est bien sur cela que ce base l'administration d'Ostrov pour justifier ses actions. A défaut de pouvoir faire changer cela, le moins que je puisse faire est d'aider mes patients au mieux pour finalement pouvoir y échapper.

Alexander reprend, visiblement enclins à poursuivre la conversation, même s'il dévie le sujet de ce que j'avais initialement en tête. Il me raconte quelques expériences d'avec son précédent psychiatre et, loin d'être effrayée, je hoche simplement la tête. Je n'ai jamais compris cette manie qu'ont les psychiatres - ceux de l'ancienne école, notamment, même si certains de mes contemporains perpétuent cette méthode - de faire s'allonger le patient, ne prononcer absolument aucun mot, attendre que le patient déballe sa vie et ses plus sombres pensées devant lui, pour finalement le charger des centaines d'euros et reprogrammer un rendez-vous la semaine d'après, n'avançant jamais. Je souris à nouveau à mon patient qui m'accorde sa coopération. "Alors on est sur la même longueur d'ondes. J'aime beaucoup trop parler pour te laisser tout le boulot, de toute façon. Alors, parle-moi un peu de votre enfance, à Nolan et toi, avant que rien de tout cela n'arrive." S'il a cru me distraire avec ses histoires d'agression de psychiatre, c'est raté. Au delà d'apprendre à connaître Alexander et l'aider, je suis aussi très curieuse d'en apprendre un peu plus sur Nolan, ce patient que l'on m'a présenté comme l'un des plus dangereux de l'hôpital et qui semble étonnement doux comme un agneau, en tout cas avec moi.

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MessageSujet: Re: On raconte que le psy est plus fou que le fou lui-même... | Niamh   Sam 15 Sep - 12:27

on raconte que le psy est plus fou que le fou lui-même...
Un sourire ironique vint se coller sur mes lèvres, alors que je l’écoutais attentivement déblatérer de pareilles conneries. Qu’elle soit ou non d’accord avec moi, je m’en fichais éperdument, mais qu’elle ne vienne tout de même pas me dire qu’aucun psychiatre ici ne pouvait avoir ne serait-ce qu’un peu de bonnes intentions à l’égard des patients de cet asile de cinglés, d’abrutis, et de prétendus innocents. Son seul intérêt était de nous aider, tous, à aller mieux pour que nous puissions ainsi quitter cet “enfer” ; foutaises ! avais-je envie de lui dire. Pour le moment, elle pense ainsi, mais attendons quelques temps, avant de découvrir que Mademoiselle O’Callaghan est en réalité une saleté de psychiatre qui s’en fout de ses patients, qui ne veut qu’approfondir ses connaissances en utilisant, en manipulant, les plus faibles de ce lieu pourri. Quelle utilité aurions-nous pour eux de rester si nous étions guéris ? Elle me posait là une excellente question, alors, je lui dis :

« Il n’y aura jamais de guérison, il faut que tu t’en rendes compte de toi-même ; et qu’il y ait une guérison ou non, qu’est-ce que ça peut foutre à Ostrov ? Ils s’en foutent, et nous considèrent comme de sales rats de laboratoires ; tout ce qu’ils veulent, c’est s’expérimenter sur des cas que personne ne souhaitera défendre. »

Autre chose à ajouter ? Non, pas pour moi en tout cas. Alors qu’elle m’avouait que nous étions sur la même longueur d’ondes, et qu’elle aimait de toute façon beaucoup trop parler pour me laisser tout le boulot, elle me demanda de parler davantage de notre enfance, à Nolan et moi, avant que tout cela n’arrive. Avant que quoi n’arrive ? Je perdis tout sourire, me redressais correctement sur mon siège, et fronçais les sourcils.

« Je ne suis pas stupide. Tu veux des informations sur mon frère, n’est-ce pas ? »

Avec amusement, je me repositionnais confortablement sur mon siège, et la regardais. Bien entendu, je comprenais parfaitement qu'elle semblait s'intéresser à mon frère, mais je me questionnais : quelle était la source de ce soudain intérêt pour lui ? Pourquoi s'intéressait-elle à Nolan ? Entre cette saleté de peste brésilienne et maintenant cette psy, j'avais de quoi faire avec les ferventes admiratrices de mon fameux petit frère.

« Nolan est quelqu’un de très intéressant, n’est-ce pas ? Qu’est-ce qui semble donc susciter autant d’intérêt chez toi à son égard ? »

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MessageSujet: Re: On raconte que le psy est plus fou que le fou lui-même... | Niamh   Jeu 20 Sep - 20:18

On raconte que le psy est plus fou que le fou lui-même...
Alexander & Niamh

Je comprend totalement que la plupart des patients ne croient pas en leur rémission. Pour cela, il faudrait déjà qu'ils acceptent qu'ils sont malades, et ce n'est pas une mince affaire. Alexander n'est pas le seul à refuser les diagnostics et penser que le monde se ligue contre lui pour le faire passer pour un fou. Je ne suis pas fan de ce terme, "fou", mais malgré ma naïveté et mon optimisme, je ne suis pas idiote au point de ne pas réaliser que ces patients ont effectivement des problèmes. Mais cela ne m'empêche pas de croire dur comme fer qu'ils ne sont pas perdus pour autant. Je peux bien essayer d'expliquer mon point de vue à Alexander, mais cela prendra sûrement des heures, des heures que je préférerai utiliser dans le but de l'aider plutôt que d'essayer de le faire changer d'avis. Rien de mieux pour convaincre quelqu'un que de leur prouver par les faits que l'on a raison. Je lève les mains, les coudes toujours posés sur mon bureau, et pince les lèvres en signe de capitulation. "J'abandonne. N'ayons pas cette conversation aujourd'hui." Même si je doute que nous l'ayons à nouveau un jour. Quoiqu'il en soit, mon patient à l'air un peu moins sur la défensive au fur et à mesure de notre entretien.

Jusqu'à ce que je mentionne à nouveau son frère. Presque immédiatement, son sourire s'efface et ses sourcils se froncent. Je distingue parfaitement la méfiance dans ses yeux lorsqu'il me demande pourquoi je m'intéresse tant à son frère. Certes, en apprendre plus sur Nolan m'intéresse, mais c'est seulement un complément de ce que je souhaite vraiment : comprendre la situation et aider Alexander a mettre le doigt sur ses problèmes pour les accepter et les surmonter. "Si j'ai besoin ou envie de savoir quelque chose sur ton frère, je peux le lui demander directement, je suis une grande fille." dis-je en penchant légèrement la tête sur le côté et je croise les mains devant moi. "Ce qui m'intéresse surtout, c'est d'en savoir plus sur la vie que tu menais avant votre séparation. Mon opinion, c'est que c'est votre séparation qui a fait surgir les symptômes de tes pathologies. J'ai donc besoin de savoir ce qu'il en était avant que tu ne sois diagnostiqué, avant que tu ne sois séparé de ton frère, et ce que tu ressens par rapport à cette partie de ta vie." Risqué que de l'emmener sur ce terrain là, car je n'ai précisément aucune idée de ce que se remémorer son passé provoquera chez lui. Mais pour pouvoir améliorer ses perspectives d'avenir, il me faut comprendre son passé.

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MessageSujet: Re: On raconte que le psy est plus fou que le fou lui-même... | Niamh   

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On raconte que le psy est plus fou que le fou lui-même... | Niamh

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