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 Chaque journée commence par le lever du soleil [Nirina & Père Théo]

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FOREVER VIRGIN
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MessageSujet: Chaque journée commence par le lever du soleil [Nirina & Père Théo]   Mar 26 Juin - 0:45



Chaque journée commence par le lever du soleil


7h

Cela faisait déjà un moment que Théodore n’arrivait plus à dormir. Le soleil était déjà levé, et quelques rayons filtraient par la petite fenêtre de la chambre. Cette même chambre qui l’accueillait depuis maintenant presque une année. Ce n’était pas très grand, ni richement décoré, mais c’était suffisamment confortable pour un prêtre habitué à bien pire. D’ailleurs, le seul élément décoratif de la pièce se trouvait être le petit crucifix en bois placé au dessus de son lit. En tant que membre du personnel de l’hôpital, il avait le droit de rendre sa chambre plus personnelle. Mais, pour quelqu’un occupant sa fonction, il serait surement mal vu de mettre autre chose que des images religieuses sur les murs. Et puis, à vrai dire, il se voyait mal accrocher des portraits du Christ ou de la Vierge partout. Non, les murs étaient très bien tels quels, avec leur couleur oscillant entre le blanc et le gris. Rien de tel qu’une couleur totalement neutre pour se concentrer.

Le grand brun se décida enfin à se lever. Il avait coupé le réveil avant qu’il ne sonne, pour épargner le sommeil de ses voisins. Même si les murs étaient relativement épais, ils n’isolaient pas très bien du bruit. Assis au bord de son lit, torse nu, le père Théo réfléchit. Quel serait son programme de la journée ? Depuis qu’il était arrivé sur l’île, il n’arrivait pas à dire si ses journées étaient plus ou moins remplies qu’en France. Bien sûr, il avait l’impression d’avoir moins de choses à faire depuis, car il avait moins de surface à couvrir et moins de gens à rencontrer. Mais les patients, le personnel, et les divers soucis de chacun retenaient continuellement son attention. Non pas que beaucoup d’occupants de l’hôpital soient particulièrement croyants et viennent le voir chaque jour, mais il se faisait un devoir de tout faire pour aider, même lorsqu’on ne lui demandait rien.

7h07

La petite croix argentée que Théodore portait toujours autour du cou scintilla, éclairée par un rayon de soleil. La lumière le sorti de ses pensées. Il était temps de se lever, pour de bon. Comme chaque matin, il fit une série d’exercices, qui lui permettait de rester en forme. Partisan de la devise « un esprit sain dans un corps sain », le grand brun cultivait son esprit par des lectures régulières et se faisait une règle de ne jamais laisser ses séries de pompes, de squats et d’abdominaux de côté. Lorsqu’il le pouvait, il en faisait même plus, allant courir ou nager, mais sur cette île, le prêtre avait moins d’occasion de pratiquer du sport. Et puis, ce n’était pas le plus important.

7h20

La série d’exercices achevée, il prit une douche rapide, enfila son costume noir et son col romain. Rapidement, le père Théo s’agenouilla, les coudes placés sur une chaise, et fit la même prière que tous les matins. A ses yeux, chaque jour de plus passé dans ce monde était une bénédiction. Il remerciait le ciel de lui accorder une nouvelle journée, qu’il s’efforcerait de vivre de la façon la plus bénéfique possible. Enfin, il conclut d’un simple « Amen », se signa, et se leva. Prenant sa Bible, dont il ne se séparait que rarement, il se dirigea vers la porte de sa cellule. Il avait conscience de ressembler à un cliché vivant du prêtre bienheureux. Son costume, son col romain, les cheveux parfaitement coiffés, la Bible dans une main et presque le chapelet dans l’autre, et bien sûr, un sourire bienveillant souvent dessiné sur ses lèvres. Dans ce lieu, beaucoup ne l’aimaient pas. Mais qu’importait. S’il lui était possible de faire un peu de bien autour de lui, c’était tout ce qui comptait.

7h35

La cafétéria n’était pas très animée à cette heure-ci, et cela permit à Théodore de finir de se réveiller, savourant une tasse de thé. Regardant par la fenêtre, il constata qu’il faisait beau. L’été finissait par arriver, même ici. C’était agréable. La journée commençait vraiment bien.

7h45

Après un rapide tour dans les couloirs de l’hôpital, pour vérifier que tout allait bien, le prêtre sorti. Personne ne lui imposait d’horaires ou de tâches fixes, à part animer la messe du dimanche matin ou lors d’évènements religieux, mais il aimait être à heures fixes dans la chapelle. Si quelqu’un le cherchait, c’était plus facile de le trouver ainsi. Profitant du soleil et de la brise du matin, le brun inspira profondément. Les odeurs mêlées de la mer et des arbres lui parvinrent, ajoutant à sa bonne humeur habituelle. Il était en route pour ouvrir la chapelle, ranger une ou deux choses, et s’installer sur un des bancs en bois pour réfléchir à son prochain sermon. Comme chaque matin. Continuant son chemin vers le petit lieu de culte, il ne put s’empêcher de penser que la journée commençait comme n’importe quelle autre, et que cela avait un côté rassurant. Une journée ordinaire est une journée où tout va bien non ?


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Dernière édition par Théodore A Duclos le Lun 3 Sep - 21:33, édité 3 fois
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MessageSujet: Re: Chaque journée commence par le lever du soleil [Nirina & Père Théo]   Mer 27 Juin - 3:05



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☾ ☾ ☾ Dans le parc, les effluves des bourgeons depuis longtemps éclos volettent jusqu’aux narines de Nirina où elles restent prisonnières. Elles creusent des sillons printaniers et se fraient un chemin jusqu’à l’esprit de la psychologue, elles s’y implantent et font vaciller ses synapses. L’odeur est trop forte, ça l’entête. Ça l'enivre. En face d’elle un azimuté a les genoux dans la terre, il creuse, dépote, rempote les fleurs. Puis il recommence. Le tout sous l’oeil du garde qui le surveille. C’est un oeil couleur eaux des glaciers, un oeil pâle et froid qui lance des piques de givre. Nirina sent des picots de froid lui mordre la nuque alors qu’une brise chaude lui caresse la gorge et l’embrasse de toute sa chaleur. Elle lève les yeux et observe les nuages s’étioler dans leur mer d’éthylène. Elle se prend pour une enfant et imagine des formes pour chaque morceaux de coton aérien qui traverse son champ de vision. Mais son costume juvénile ne trompe personne et derrière le rôle qu’elle s’invente, son esprit adulte et implacable la rattrape et lui plante ses crocs de réalité dans sa viande enfantine. Le temps de la candeur est révolu. Cela fait longtemps qu’elle n’a plus pensé comme une gamine, qu’elle n’a plus de rêves qui lui traversent la tête ou des papillons qui jouent le tango endiablé dans son ventre. Tout est rempli de cauchemars qui profitent de son sommeil pour lui déverser toutes leur haine, le désespoir accumulé. Nirina c’est une vieille carcasse vide qui n’intéresse que les corbeaux de mauvais augures. Ils viennent arracher des morceaux de viande flétrie qui lui restent collées sur les os. Le soleil darde ses rayons sur le monde, chaleureux et réconfortant. Les oiseaux sont d’humeur cantateurs et laissent échapper des harmonieuses mélopées. C’est ce qu’on appelle une belle journée. Et Nirina a envie de pleurer. Son esprit s’emballe dans un requiem funèbre où les octaves se muent en rage, les arpèges sont des plaintes déchirantes, et les gammes indique un tempo mélancolique. Elle comprend que c’est la Fin, mais elle ne sait pas encore de quoi et c’est ce qui l’effraie. La seule personne restante à Ostrov, son point d’ancrage n’est plus. Et Nirina a sombré. La colère qui lui frappe les flancs est insupportable et l’oblige à se relever, elle a envie de piétiner les fleurs plantées par le patient. Cette vue colorée et optimiste lui est insoutenable, elle voudrait que le soleil éclate et que la nuit crache son obscurité à la face du monde. Elle laisse ses pas la guider au hasard du parc, jusqu’à ce qu’une façade lui barre la vue. Ses iris éclatées de larmes refoulées se lèvent et elle comprend qu’elle se trouve devant la chapelle de l’hôpital. Un rire amer se coince dans sa gorge et elle se dit que le hasard manque de finesse. Cela fait bien longtemps qu’elle a arrêté de fréquenter cet endroit, ce repère de mensonges. Mais quelque chose la pousse à ouvrir la porte et à pénétrer dans l’antre des promesses illusoires. Le silence monacale est assourdissant et une odeur de bois lustré lui monte au narine. Le sol absorbe le bruit feutrés de ses pas et au fond, du côté de l’abside, Nirina aperçoit une silhouette qui lui tourne le dos. “ Mes parents sont catholiques. Des Florentins.” Apostrophe-t-elle le prêtre sans prendre la peine de le saluer, ni de s’annoncer. Elle a reconnu le père Théodore dans ses vêtements d’ébène, et la jeune damnée trouve que l’austérité lui sied très mal. “ De part mon éducation j’ai longtemps était croyante, jusqu’à mon arrivée ici.” Nirina s’avance vers lui, observe le visage du prêtre, comme on aurait taillé du marbre au marteau et burin, ses traits creusés sont cisaillés, francs, presques envoûtants. “ Mais ça, c’était avant de faire la rencontre de Satan.” Ses lèvres se plissent, persiffleuses et elle croise les bras contre elle, comme pour se protéger de la foi qui immerge ce lieu. Nirina c’est une vipère qui a abandonné le jardin d’Eden.



Dernière édition par Nirina Vespucci le Jeu 19 Juil - 4:21, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Chaque journée commence par le lever du soleil [Nirina & Père Théo]   Lun 2 Juil - 0:37



Chaque journée commence par le lever du soleil

Le soleil à peine levé réchauffait la peau du Père Théo. Inspirant longuement l’air d’été, profitant des odeurs fleuries qui lui parvenaient, il se remit finalement en chemin. Il n’eut pas une grande distance à parcourir, la chapelle n’était pas loin. Rapidement, il ouvrit les portes et pénétra dans la bâtisse. En ce matin d’été, les rayons lumineux filtrant à travers les vitraux coloraient le sol, et rendaient visibles les particules flottant dans l’air. Un léger courant d’air s’engouffra dans la pièce, balayant tout cela, comme on aurait effacé les souvenirs du jour précédent. Le grand brun huma l’air. Depuis toujours, il aimait cette odeur si particulière, si propre aux lieux de culte. Un mélange entre odeur de livres, de bougie et de bois lustré.

En entrant dans ce lieux, le prêtre se signa, puis, un sourire sur les lèvres, il remit en place les Bibles qui avait été rangées la veille. Deux sur chaque banc. A part le dimanche, un si grand nombre n’était que rarement nécessaire, mais il se faisait un principe de toujours en laisser suffisamment, au cas où. Il ralluma les bougies éteintes la veille, qui n’avait pas eu le temps de se consumer avec les prières de leur croyant. Les petites flammes vinrent alors se joindre à la danse lumineuse des rayons de soleil à la travers les vitraux. Un instant, il se dit qu’on ne pouvait faire autrement que de trouver un charme à cet endroit. Malgré la pierre grise et froide, malgré l’ambiance mortifère régnant sur l’île, et même sans avoir la foi. Quel individu serait insensible à ces couleurs, à ces visages bienveillants taillés dans le bois, à ces chansons les jours de messe… à ce rêve en fait.
Le rêve… peut-être serait-ce cela, le thème de son prochain sermon. Il y a tant de choses à dire sur un sujet si vaste. S’avançant au choeur de l’édifice, Théodore s’apprête à prendre le carnet qu’il range dans un petit meuble en bois, près du Maitre autel. Il y note tout. Tout ce qu’il se passe dans la journée, tous les évènements, les idées qui lui viennent. Tout, sauf les confessions qu’on lui fait. Cela, il les garde au fond de son esprit, dans le plus grand secret. En revanche, les idées qui lui viennent, des prières, des pensées pieuses… Elles n’ont rien de réellement personnel puisqu’il se veut être un représentant de la foi, il n’a rien à cacher. Les seules choses qu’il veut garder pour lui, les souvenirs qu’il veut enterrer, il les enferme dans les méandres de sa conscience. L’espace d’un instant, il a l’impression que l’on bouge dans son dos. Des bruits lui parviennent, mais ils sont si légers qu’ils pense que le vent a ramené des feuilles dans la chapelle. Comme dans un de ses souvenirs. Peut-être sa mémoire se moque-t-elle de lui. Peut-être lui joue-t-elle un tour. Le contexte est là, il ne manque plus qu’une voix pour compléter le tableau.

Et puis, sortant de ses rêveries, Théo entend la voix. Mais ce n’est pas la même. Comment pourrait-il en être ainsi ? Les intonations mi-douce mi-amère lui indiquent qu’il s’agit d’une femme qu’il a déjà croisé dans l’hôpital. Il se retourne. Un peu éblouit par la lumière extérieure qui passe, plus forte, par les portes, il reconnait la silhouette fine et gracieuse d’une psychologue. Mademoiselle Vespucci. Elle est un peu la représentation classique que l’on peut se faire d’un ange. Le teint pâle, les cheveux blonds, de grands yeux brillants de larmes, un air doux et distant à la fois. Et pourtant, le prêtre sait qu’elle n’a rien d’une entité céleste. Depuis son arrivée, il l’entend être ventée par certains membres du personnel, mais insultée et bafouée par certains patients. Il n’a jamais eu l’occasion de s’entretenir avec elle. Il n’a pas vraiment d’avis sur sa personne d’ailleurs. A un détail près. Depuis qu’il l’a croisée la première fois, il se dit qu’elle n’a pas grand chose d’italien. Son teint de porcelaine, ses cheveux clairs, son nez… Il n’y a guère que son nom.

Et la voilà, plantée face à lui, assez proche pour le dévisager en détails, qui lui raconte l’histoire de sa foi perdue. Le brun se dit, l’espace d’un instant, que son malheur se lit dans son regard. Il ne s’étonne pas de ce qu’elle dit. Depuis presque un an, il n’a rencontré aucune personne se disant heureuse ici. Comment les en blâmer ? Et le résultat en est naturel. Les uns se tournent vers l’Eglise en désespoir de cause, les autres font machine arrière et effacent les souvenirs de leurs prières. Miss Vespucci est de la deuxième catégorie. C’est plus fréquent chez les membres du personnel d’ailleurs. Les patients semblent être les seuls à croire encore qu’ils peuvent être sauvés.

Le prêtre l’écoute. Elle se tait rapidement, se fermant. Comme si toute discussion était vaine. Comme si elle venait, dans ce lieu, devant lui, pour lui montrer que plus rien ne l’atteindra, que tout est écrit, fini. Elle dit avoir rencontré Satan. Il se dit qu’ici, c’est presque possible.

« Il est fréquent que des changements de vie mènent à une perte de la foi. » Dit-il finalement. Il la fixe, ses yeux bleus se perdent dans les siens, immenses. « Souvent, on oublie que ce sont des épreuves, qu’une porte de secours nous attend à l’arrivée. Le Malin prend bien des formes pour attirer ou torturer les âmes. Dans un tel endroit, je ne m’étonne pas que vous pensiez y avoir été confrontée… Miss Vespucci… Qu’avez-vous vu ? » La question, aussi bête semble-t-elle, n’a rien d’anodin. Des choses étranges se passent ici. Pas des choses surnaturelles. Des choses anormales. La psychologue a du rencontrer tant d’âmes brisées, mais aussi des briseurs d’âmes. Si elle est là aujourd’hui, alors qu’il ne l’a jamais vu entrer en ce lieu, peut-être n’est-ce pas pour rien.


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Dernière édition par Théodore A Duclos le Dim 22 Juil - 2:49, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Chaque journée commence par le lever du soleil [Nirina & Père Théo]   Jeu 19 Juil - 4:19



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☾ ☾ ☾ Ses yeux accrochent chaque détail qui moule la chapelle où se répercute le moindre son en écho cristallin, pareil à cent séraphins venus chanter les louanges avec leurs trompettes d’or. Elle observe en silence cette modeste demeure divine, élément insipide et incapable de rivaliser avec les opulentes cathédrales et basiliques de sa ville ville natale. Les pierres de taille en marbre de Carrare sont remplacées par de simples charpentes de bois. Point de peintures flamboyantes qui éclatent les iris avec leurs pigments cosmiques, point de vitraux sur les bas-côtés qui enflamment l’intérieur de l’édifice de leurs douces lueurs. Ici, pense l’inamicale égarée, c’est le règne des couleurs ternes, fidèle reflet de la vie sur ce rocher perdu dans sa mer où sont rejetés les sinistrés. La poussière s’accumule, se coagule sur les rares éléments de décors. Des éclats de souvenirs remontent à la surface, elle se revoit assise sur de vieux bancs au bois trop dur, qui lui sciaient les jambes avec leurs bords acérés pour sa frêle peau moelleuse. Sa robe de communion, tissu d’ivoire, ornée de mousseline et dentelle, pauvre enfant parée comme un ange. La bile lui ravage l’estomac lorsque coule dans ses oreilles les vieux sermons implacables balancés par ce prêtre qui officiait les messes chaque dimanche. Nirina a détesté l’église, détesté leurs préceptes, mais a toujours craint la colère de l’entité qui vivait au-dessus du monde et voyait tout. Jeune fille naïve à l’esprit malléable, subissant l’éducation de parents qui l’ont façonnée à leur image, plongée dans des méandres d’ambitions et de religions. Aujourd’hui elle s’est libérée des ficelles qui la retenaient captive des manipulations parentales, elle a brisé les ponts qui la reliaient au monde déiste. Les seules choses auxquelles elle croit désormais sont la destruction et le chaos. Sentir les mailles du tourment croître dans ses entrailles, se lier à ses côtes, embrasser toute forme de décadence, Nirina ne vit que pour ça désormais.

Elle a le regard rude, ses iris sont des lances de glace, elle décroche un sourire de hyène féroce devant les paroles du prêtre. Le rire gras et mesquin se coince dans sa gorge, elle n’a pas envie de déclencher un affrontement dans l’immédiat, alors elle continue à garder ses lèvres serrées. Quand elle voit le prêtre, elle a l’impression de se voir elle à son arrivée.  Âme naïve et innocente, courage d’or et volonté de fer pour sauver les autres. Mais Nirina n’est pas dupe, elle sait qu’un jour ou l’autre il finira par ployer, ce n’est qu’une question de temps avant que le poison d’Ostrov ne s’immisce dans ses veines à lui aussi.
“ Vous ne comprenez toujours pas, n’est-ce pas ? Ostrov Island n’est pas là pour nous faire perdre la foi, il est là pour nous ouvrir les yeux sur la réalité sur ce monde. Un monde où les seuls dieux sont les hommes, manipulés par leurs démons intérieurs. Votre paradis, c’est la mort. La promesse d’une paix éternelle lorsque l’on quitte l’Enfer sur terre.” qu’elle lui répond de sa voix suave et doucereuse, ses longs cils batifolent comme un papillon de nuit charmeur. Car l'ecclésiaste n’était pas avec elle lors de sa rencontre avec Lexie Jenkins. Il n’a pas vu cette reine des ténèbres s’emparer de l’âme de Nirina pour la détruire, la façonner à sa propre image. Il ne sait pas qu’un démon traîne sa carcasse putride entre les murs d’Ostrov, un avaleur d’essence vitale qui consomme jusqu’à la lipe, tout notre être.
Vous ne savez rien de ce qui m’est arrivée ici mais patience mon père, patience. Ce que j’ai vu, ou ce que j’ai subi, vous le verrez et le subirez aussi.” C’est pas des paroles tapageuses qui s’échappent de sa bouche, c’est un murmure obscur, aussi doux que sinistre. Elle n’hésite pas à approcher sa masse un peu plus près de son interlocuteur pour qu’il l’entende mieux. Elle plonge son regard dans les yeux méthylènes qui lui font face. Pauvre père Théodore qui ne voit pas qu’il discute avec la nouvelle lubie d’un démon, un jouet créé de toute pièce comme son double, inventé dans le seul but d’être lâché en pleine nature pour tourmenter les âmes en peines. “ Le Mal est déjà ancré en nous, il ne suffit que d’une pichenette pour le faire resurgir. Vous voulez savoir ce que j’ai vu ? J’ai vu une douce colombe blanche, porteuse de paix auprès de ses protégés, tomber entre les mailles du filet d’un démon incarné sous la forme d'une patiente. Je l’ai vu la posséder, j’ai assisté au plaisir que prenait cette dernière à subir les souffrances qu’il lui infligeait, à s’abandonner à la transformation qu’il opérait en elle. Et maintenance ce sot volatile inoffensif s’est transformé en louve carnassière, en vipère tentatrice.” Y a son costume qui glisse le long de son corps, son amas de peaux usurpées tombent au sol pour dévoiler la vraie carcasse qui l’habite. Nirina c’est une déesse déchue, Zeus l’a bannie de l’Olympe à coup de foudres, pour la laisser s’écraser sur le monde du commun des mortels. Elle ne s’y sent pas à sa place, mais elle se déguise sous différentes formes pour tromper les humains. Et aujourd’hui elle a décidé d’être une psychologue méphistophélique. Elle aime inventer des mensonges pour tromper son esprit, c’est le seul moyen pour cacher sa vérité, celle d’une femme anéantie et en souffrance.

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MessageSujet: Re: Chaque journée commence par le lever du soleil [Nirina & Père Théo]   Dim 22 Juil - 2:47



Chaque journée commence par le lever du soleil

Elle sourit. Un sourire de prédateur. Comme si c’était elle le danger. Comme si elle venait, non pas pour lui parler ou l’avertir, mais pour l’emmener dans ses ténèbres. Il voit bien, à son expression, qu’elle le juge. Qu’elle jauge son esprit, sa volonté, sa foi. Il en a l’habitude, ce n’est pas ce à quoi il prête le plus attention. En revanche, ses paroles semblent venir d’ailleurs. Le fixant de ses yeux de poupée, s’adressant à lui d’une voix qui se veut délicieuse à entendre, elle prononce des mots qui ne collent pas. L’ensemble du tableau est dépareillé. Comme si l’enveloppe de cette femme n’était que pureté pour attirer vers la souffrance. Un instant, il se dit que si elle venait d’un roman, clairement ce serait Dracula. Son apparence trompeuse permet de mieux répandre le poison de ses paroles. Elle décrit l’île comme un Enfer sur terre. Comme si tout ici n’était que peine et douleur. Il n’est pas d’accord. L’endroit ne se présente guère comme un lieu paradisiaque, mais tout n’y est pas que désolation. Il existe encore des êtres, ici comme partout, qui veulent continuer à vivre une vie simple, paisible. Des âmes qui trouvent encore le repos, qui ne s’endorment pas l’esprit empli d’horreurs. Son visage est fermé. Il écoute. Il attend la fin de l’histoire. Au fil des mots qui passent, le prêtre lit sur le visage de porcelaine la même transformation que celle qui s’est opérée dans l’esprit de la jeune femme. Elle n’avoue qu’à demi mot ce qu’elle a vécut, ce qu’elle a subit, mais c’est un aveu. La voix est toujours douce, les phrases presque murmurées. Les murs de la chapelle renvoient les échos comme un vitrail renverrait la lumière en y ajoutant de la couleur, donnant presque une ambiance morbide à l’échange. Comme s’il fallait que le message soit clair. C’est une menace cachée sur fond d’avertissement.

Il est un peu déstabilisé. Un peu impressionné. Il ne laisse rien paraitre. Elle ne lui fait pas peur, mais son aveu, bien que métaphorique, le met mal à l’aise. La règle veut que le psychologue prenne le dessus sur les maux du patient pour l’en guérir, ou au moins le tenter. Elle est l’exception. Mais elle ne semble pas s’en repentir, au contraire. Comme si finalement, malgré ses airs d’avertissement, elle laissait entendre qu’il valait mieux s’abandonner à cette part d’ombre et de Mal. Comme si, de toute façon, il n’avait plus le choix. Pour elle, il est piégé, comme elle l’a été avant lui. Un instant, il croit même se reconnaitre dans ses paroles. Il n’a pas la prétention de se comparer à une colombe, oiseau symbolique du divin, mais l’idée de paix et de protection le fait tiquer. Cependant, la comparaison s’arrête là. Parfois en proie au doute, parfois tenté de prendre un chemin moins vertueux comme tous les Hommes, il n’en est pas moins un homme de Dieu. Il ne se laisse pas influencer. C’est à lui d’éclairer ses semblables.

Le silence se fait. Elle a finit, les mots laissent un vide. Sans leur résonance, elle semble bien plus fragile. Ce n’est pas elle le danger, c’est ce qu’elle a vécut. La façon dont elle s’en sert désormais. Il jette un coup d’oeil derrière lui, avant de reporter son attention sur elle. S’asseyant sur le banc qui se trouve tout près, il l’invite d’un signe de la main à en faire de même. Peut être n’en a-t-elle pas envie. Peut-être veut-elle simplement délivrer son message et s’éclipser l’instant d’après, comme pour le tourmenter de ses métaphores. Mais peut-être reste-t-elle pour une autre raison.
« Oui. Vous avez raison. Nous avons tous, en nous, une part de Mal. Comme nous avons une part de Bien également. C’est ce mélange qui nous rend humain. Qui nous fait exister. Mais c’est ce que l’on choisit de montrer qui définit ce que l’on est. Pas ce que les autres obtiennent de nous. Vous parlez comme si aucun retour en arrière n’était possible, comme si… celle dont vous parlez n’existait plus. Mais on a tous droit de faire demi-tour. On évolue. On fait des erreurs. C’est si l’on choisit d’en revenir ou non qui compte. » Sa voix est douce, il sait que la jeune femme n’a pas besoin d’être brusquée. Il ne lui fait pas de grand discours sur la morale, sur le Bien et le Mal, sur Dieu. Il sait que ce n’est pas le moment. Il sait aussi que pour ces simples mots, elle va surement lui rire au nez. Mais il espère que non. Il espère que malgré ses discours et ses airs brisés, elle souhaite revenir. Que peut-être, elle lui laissera une porte ouverte pour l’aider. Parce que rien n’est définitif, et parce qu’il y a bien un adjectif qui ne lui correspond pas : fataliste.
« Cette patiente. Est-elle toujours là ? La voyez-vous toujours ? » S’il souhaite l’aider, c’est la première question à aborder. Théo sait bien qu’à son poste, il n’a aucune influence, il ne peut pas faire grand chose. Mais s’il faut traiter le Mal, il faut commencer par la racine.


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MessageSujet: Re: Chaque journée commence par le lever du soleil [Nirina & Père Théo]   Dim 26 Aoû - 5:07



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théodore ϟ  nirina .

☾ ☾ ☾ Une part d’elle voudrait revenir en arrière, montrer une image autre que celle qu’elle affiche aujourd’hui. Elle ne supporte plus ce reflet qui miroite à la surface, sombre et désespéré. Elle voudrait le briser en plongeant sa main dedans, laisser les ridules de l’eau l’effacer, façonner une image moins ombrageuse. Mais Nirina est devenue une bête sédentaire, prisonnière d’un esprit vidé de toute émotion, c’est un squelette ambulant. Elle préfère rester cloîtrée dans sa caverne, vivre parmi les ombres illusoires, loin de l’extérieur éblouissant. Parce qu’aujourd’hui elle est incapable de retrouver les mécanismes pour redevenir comme avant. Parce qu’elle craint le changement, alors elle se complait dans l’habitude. Même si cette routine l’englouti peu à peu dans un méandre de désolations. La Nirina actuelle est bien trop ancrée en elle, accrochant ses perfides serres dans son esprit, pour laisser toute chance de rédemption s’y implanter. Alors elle continue ses lubies malsaines, se laisse creuser par les ombres, parce que c’est ce qu’elle connaît à présent. Elle guette les réactions de son interlocuteur, cherche la crainte dans ses iris azurés. Mais elle ne trouve qu’une expression contemplative, lisse. Et ça la frustre autant que ça la rassure. Aucun regard accusateur pour l’affliger de honte, pas une once de dégoût sur ce visage impavide. Elle ne le montre pas, mais la jeune femme en est déstabilisée, pour la première fois depuis longtemps, elle se sent écoutée. Ses yeux se plissent d’incompréhension lorsque le Père Théodore l’invite à s'asseoir sur le banc. Durant quelques secondes elle reste debout devant lui, hésite, tergiverse. Elle s’attendait à être chassée de ces lieux, comme une sorcière maléfique, mais voilà qu’on la convie à s’éterniser un peu plus longtemps. Alors lentement, à pas mesuré, elle s’avance vers le banc, plisse soignement l’arrière de sa jupe, avant de s'asseoir à son tour aux côtés du prêtre. Le froid du banc lui laisse des traînées de chair de poule le long de la peau. Les paroles de Théodore se glissent en elle, limpides et pures. Elle les écoute, les décortique, cherche leur sens, tente de se retrouver dans les phrases énoncées par l'ecclésiaste.
“ Non, vous ne comprenez pas mon père. Vous ne savez pas ce que c’est que d’atteindre ce… point de non-retour. Cette limite qui une fois franchi, vous empêche tout retour en arrière. Comment pourrais-je redevenir celle que j’étais avant alors que je n’en garde presque aucun souvenir ? C’est comme… Comme si vous cherchiez à atteindre une chose, et plus vous tentez de l’approcher, plus elle vous échappe, et soudain, elle est tellement loin que vous ne la voyez plus.” tente-t-elle d’expliquer alors que la colère et la tristesse fait trembler sa voix. Une vague sombre semble la faire chavirer, tambourine son estomac, malmène son crâne. Si les mots de Théodore se voulaient réconfortant, Nirina les endure comme une forme d’injustice. Elle se sent trompée, emprisonnée dans un suaire de tourments l’empêchant de toute forme de rédemption. Devant la question du prêtre, un rictus lui barre les lèvres. Son masque glacial et cruel refait surface et ses iris miroitent d’une lueur fielleuse. “ C’était ma patiente. La dernière fois que je l’ai vu, c’était au bord d’une falaise. Mais un garde m’a annoncée sa mort récemment. Et depuis, c’est comme si une part de moi était morte avec elle.” Ses doigts se crispent au rebord du banc, cette fois les vagues se muent en tempête dans son ventre. Une tempête aux griffes acérées qui lui labourent les flancs à chaque ressac. “ Lexie Jenkins. Le démon d’Ostrov. ” précise-t-elle d’un ton aigre et sec, ses yeux préférant fixer l'autel qui lui fait face, incapable de soutenir le regard du prêtre, de peur que ce dernier ne détecte le désarroi qui l'étrangle.

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MessageSujet: Re: Chaque journée commence par le lever du soleil [Nirina & Père Théo]   Lun 3 Sep - 19:08



Chaque journée commence par le lever du soleil

La jeune femme hésite. Elle l’observe, sans oser s’asseoir. Elle n’a pas l’air effrayée, mais un changement semble s’opérer en elle. Quelques instants plus tôt, elle aurait semblé dangereuse. Maintenant, elle a l’air plus fragile. Comme si l’idée de s’installer et de rester dans cet endroit quelques instants de plus lui était désagréable. Mais elle ne s’enfuit pas. Elle finit, doucement, par accepter cette idée, et s’installe à ses côtés. Alors que le prêtre parle, la jeune femme écoute, elle semble même attentive. Il s’attendait à ce qu’elle parte en lui riant au nez, ou même à ce qu’elle se contente d’une moquerie. Mais non. Très sérieuse, elle lui répond. Elle prend la peine de lui expliquer qu’elle ne peut plus faire marche arrière. Comme si elle était perdue. Comme si tout était trop tard. Mais dans ce cas, pourquoi prend-elle la peine de lui expliquer ? Pourquoi ne se contente-t-elle pas de rire et de disparaitre, comme ont l’habitude de le faire certaines personnes, persuadées que leur âme ne peut plus être sauvée ? Mais elle reste. Elle prend le temps de discuter avec lui, que tant d’autres fuient. Sa voix tremble, mais est-elle triste ? En colère ? Le Père Théo ne la connait pas assez, il ne sait que dire. Il voudrait trouver des mots plus réconfortants, plus rassurants. Il ne sait par où commencer. Alors il l’écoute.

Curieusement, il a l’impression, à nouveau, de se retrouver dans ses paroles. Il n’a jamais vécut la même expérience qu’elle, c’est évident. Mais lui aussi a fait des erreurs, des choix, qui l’ont mené là où il est aujourd’hui. Qui l’ont conduit à devenir ce qu’il est désormais. Sans qu’il ait la possibilité, lui non plus, de revenir en arrière. Il est devenue prêtre, dans le genre pas de retour possible, on fait difficilement mieux… La différence essentielle, c’est que lui l’a choisit. Elle, elle n’a probablement pas voulu tomber entre les griffes d’une personne néfaste. Ni se laisser influencer par une patiente et trahir ses idéaux.

Et puis, un sourire narquois se dessine brièvement sur les lèvres de la psychologue. Elle fixe un point devant eux tandis que de nouvelles phrases s’échappent de ses lèvres, amères. Elles mettent l’homme d’église mal à l’aise. Pas pour ce qu’elle sous-entendent de la relation entre les deux femmes. Mais car, une fois de plus, il a mit les pieds dans le plat. Elle en souffre. Il l’observe en silence, laissant quelques instants passer avant de reprendre la parole. Son regard est lointain, son corps semble figé. La chair de poule, les jointures blanchies par la pression de ses doigts sur le banc. Et il la comprend. Il en a perdu, lui aussi, des gens, et pas que par la mort.

Lexie Jenkins. Ce n’est pas la première fois qu’il entend ce nom. Il a déjà entendu des employés de l’hôpital en parler. Il ne s’attendait pas à ce que l’histoire ressorte aussi soudainement. Il fixe le banc qui se trouve devant lui. Les nervures du bois, les marques dans la planche, tous ces petits détails occupent ses yeux alors qu’il cherche quoi dire. Continuer à fixer Miss Vespucci n’est pas le meilleur moment de la faire se sentir à l’aise. Il l’a déjà mise dans l’embarras, inutile d’en rajouter.

« Je sais… c’est toujours ce que l’on ressent quand… quand on perd quelqu’un de particulier. Quelqu’un qui a marqué notre vie de cette façon. Et on ne l’accepte jamais vraiment, quoique puissent en dire les optimistes dans mon genre. » Un sourire éclaire son visage, l’espace d’une seconde, il se trouve bien trop ridicule. Pourtant, il continue. « Mais… c’est aussi cette douleur, cette perte, qui nous façonne. Qui nous construit. Et qui nous permet d’avancer. Vous l’avez perdue elle, mais vous ne vous définissiez pas que par sa présence. Miss Vespucci. Vous étiez quelqu’un avant de la rencontrer. Vous avez changé à son contact. Mais la perdre ne veut pas dire que vous mourrez avec elle. Cette chose, cet horizon devenu inaccessible. C’est maintenant que vous pouvez le retrouver. Que vous pouvez… reconstruire la personne que vous et vous seule souhaitez être. Vous êtes jeune, vous êtes belle, et vous êtes quelqu’un d’intelligent. Je refuse de croire que vous puissiez vous laisser sombrer de cette façon, sans lutter encore un peu. »

Instinctivement, il prononce ces mots en se tournant vers elle. Il ne cherche pas son regard, mais il veut qu’elles les entendent pour ce qu’elle sont. Des encouragements. Pas des reproches. Sa voix se veut douce et chaleureuse, mais il sait bien, que comme toujours, elle sonne comme celle d’un homme d’église qui reproche à quelqu’un d’avoir écarté Dieu. Il ne le veut pas. Il ne le pense pas. Mais c’est toujours ainsi. La chapelle, le col romain. Tout pousse les autres à croire qu’il n’est rien de plus que sa fonction. Qu’il n’a pas d’idées propres. Alors, pour la première fois depuis des années, il se permet un geste qu’il n’avait jamais osé faire. Sa main se pose sur celle, gelée, de la jeune femme.

« Si vous pensez être seule, sachez que vous ne l’êtes pas. »


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MessageSujet: Re: Chaque journée commence par le lever du soleil [Nirina & Père Théo]   Ven 26 Oct - 21:34



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théodore ϟ  nirina .

☾ ☾ ☾ Elle avance à tâton sur un fil invisible. En bas, des ombres au visage émacié, des plaintes agonisantes se dressent sous elle, l’invitent à chuter pour les rejoindre. Mélopées entêtantes, elle sent son corps s’alourdir, prêt à plonger, succomber à la tentation de la Chute. Ses pas sont hésitant, ses rétines accrochent le rebord du ravin, elle voudrait l’atteindre, se sauver, mais le chant des damnés est pareil à celui des sirènes, tentation létale. Elle se sent incapable d’atteindre le rivage qui lui fait face. Ce rivage salvateur, ce sont les paroles de Théodore, il continue à la bercer de ses quantiques angéliques, à lui promettre une chance de Salut qu’elle sait inatteignable. Le discours change de gamme, de berceuses réconfortantes, les mots deviennent une complainte stridente qui lui agresse l’oreille. Tête de glace au regard incendiaire, l’oxymore vivante adresse au pied du banc de bois un visage qui tutoie les affres de la colère. Elle n’ose croiser le regard du prêtre, Médusa a troqué des yeux qui pétrifient contre des lances de déflagration et elle a trop peur d’embraser le prêtre de ses iris enflammées. “Arrêtez de parler de choses que vous ne comprenez pas et qui vous dépassent, jetez les oeillères qui obstruent votre regard. Votre Foi vous rend aveugle au point de ne plus percevoir correctement la réalité. Lexie m’a détruite pour mieux me reconstruire à son image, elle a creusé et jeté à la pelle tout ce qu’il y avait de bon en moi, elle l’a remplacé par ses vices, s’est employée à combler toutes les fissures pour empêcher l’ancienne Nirina de s’y infiltrer. Et maintenant qu’elle n’est plus là… Elle est partie avec ce qu’elle bâti, elle m’a abandonnée avec ce vide impossible à combler.” Les lippes accusatrices laissent déborder le limon fielleux, les os s’entrechoquent et le squelette flanche, prêt à s’effondrer. La florentine comprend que la vision de Théodore est biaisée, s’il ne l’a pas encore chassée de l’antre du Divin c’est parce qu’il s’entête à idéaliser une vision d’elle qui ne subsiste plus, une âme qui peut encore être sauvée. Ecclésiaste amaurose qui ne discerne pas les ombres sirupeuses qui s’écoulent hors d’une carcasse de soufre. Faisandée et calcinée. Son corps esquisse la volonté de partir, la sensation d’être une intruse lui talonne trop les flans. Mais une chaleur diffuse lui envahit soudainement la main, instinctivement ses doigts se relèvent pour accrocher la douceur parcheminée qui les enveloppe. Contact véniel qu’elle perçoit pourtant comme une bouée de sauvetage. La naufragée s’y raccroche et serre cette main pour ne pas sombrer une fois encore. “Ah oui ? Et vous comptez faire quoi ? Même votre Dieu m’a abandonnée, quand je le suppliais de mettre fin à mon calvaire, quand j’étais assez bête pour prier et espérer qu’Il m’entende. Il a bien vu qu’il n’y avait rien à faire. Dites-moi comment vous comptez réussir là où Il a échoué ?”  Une colère centaurine se mêle à une détresse affligée, elle se perd dans le fil des ses émotions. Son regard se perd dans les mains emmêlées, arabesques de chairs, geste de consolation futile devant la résignation de la jeune femme. Elle lève un regard désespéré vers le prêtre, brave le regard céruléen qui lui fait face. “Vous n’auriez jamais dû venir ici. Partez d’ici ou vous finirez comme moi.” Sa masse se déplace lentement vers le Pieux, c’est un bruit feutré qui sonne comme un avertissement, son visage restant quand même à distance respectable du prêtre, elle pourrait toutefois presque apercevoir son reflet dans les iris qui lui font face. “Vous ne pouvez plus rien faire pour moi. Satan a trop bien réussi son travail. Je ne voudrais pas qu’il perpétue son oeuvre en s’acharnant sur la seule création encore pur de cette endroit.”

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Chaque journée commence par le lever du soleil [Nirina & Père Théo]

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