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 we're going to hell (niamh)

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MessageSujet: we're going to hell (niamh)   Mar 8 Mai - 21:55


« C'est inhumain de m'empêcher d'avoir ma sortie quotidienne ! De la torture psychologique ! » « Oh, la ferme Dickens. » Ça faisait plusieurs minutes que Matthew se plaignait comme un enfant, en se plaçant en pure victime du système qui n'avait rien fait pour mériter une telle punition. Or, tout le monde ici qu'il n'était pas un ange. En cinq ans d'enfermement, il avait eu bon nombre d'occasions de faire ses preuves et de s'attirer des problèmes. Parfois en agissant comme un vrai gosse. Mais que voulez-vous, il devait bien se trouver des choses à faire pour ne pas mourir d'ennui, surtout que les activités artistiques ou de bricolage n'étaient absolument pas son truc. Alors, il cognait, cherchait les embrouilles avec les autres patients, parfois avec des gardes... Bref, tout le monde savait plus ou moins à qui ils avaient affaire.

Mais s'il y avait bien une activité qu'il détestait par-dessus tout, c'était les visites chez les psychiatres. Qu'est-ce qu'il pouvait détester ces abrutis de pseudo médecins qui se croyaient plus malin que tout le monde, et qui l'encourageait à parler pour déceler la petite partie humaine de son être. Des belles conneries. Alors, soit il faisait tout pour ne pas y aller – se faire passer pour un malade, chercher les ennuis pour subir un isolement, des parties de cache-cache avec le personnel qui finissaient souvent en isolement – soit il était tellement impossible et exécrable qu'ils finissaient par lâcher l'affaire et l'envoyer vers un confrère de l'asile. Matthew avait actuellement un beau palmarès de trois psychiatres qui se sont succédé sur son cas. Et malgré tout ce qu'il avait pu faire pour éviter cette visite avec ce nouveau psychiatre, dont il ne connaissait pas encore le nom, cet imbécile de garde tenait vraiment à remplir sa mission. Il avait presque envie de lui caresser la tête pour le féliciter du bon toutou qu'il faisait, mais il n'avait pas envie de rire. Ça le faisait clairement chier, et le garde s'en rendait bien compte. Et ça l'amusait.

« Aller Dickens, ne fait pas cette tête ! Je t'assure que tu vas la kiffer cette nouvelle. Parce que franchement, elle est plutôt charmante... » « Alors si tu la trouve si ''charmante'', c'est que ça doit être un vrai laideron, puisque tu as des goûts de merde mon vieux ! » Le garde resserra son emprise sur Matthew, clairement pour lui faire mal. Ça l'avait vexé. C'était tellement simple de déstabiliser les gardes de cet asile, surtout ceux qui n'avaient pas vu de pairs de seins depuis longtemps, car ils respectaient les règles. Pas comme d'autres, qui profitaient de leur statut pour coucher avec tout ce qui bougeait. Oh non, Matthew ne les jugeait pas : il faisait exactement la même chose. C'était même le moyen officieux de le faire tenir tranquille. Bon, s'il dit que c'est une nana, y aura peut-être moyen que je puisse en profiter un minimum... Fallait bien voir le côté positif de sa punition.

Matthew fut exécrable pendant tout le trajet, même s'il fut court. Il ne cessait de pester contre son geôlier, qui ne se faisait pas prier pour lui répondre encore plus sèchement. Bon, il admettait qu'il faisait surtout ça pour avoir un poing dans la tronche, et se retrouver à l'infirmerie, et donc louper ce rendez-vous. Ça marchait très bien avec les plus impulsifs des gardes, mais lui était coriace. C'est donc la mort dans l'âme qu'il vit les portes des bureaux se rapprocher de plus en plus. Pour finir devant l'une d'entre elles. Elle portait encore le nom de son ancien propriétaire, un psychiatre parti à la retraite quelques semaines plus tôt. Aucun indice ne pouvait lui révéler l'identité de sa prochaine rencontre. A moins que...Le garde toqua trois fois à la porte.

« Mademoiselle O'Callaghan, je vous amène le patient Dickens ! » Un suricate n'aurait pu avoir meilleure réaction. Matthew tiqua immédiatement quand il entendit le nom de famille. Bien sûr qu'il ne pouvait que tiquer. Ce nom fit resurgir en lui bon nombre de souvenir. Il porta du coup toute son attention sur la porte, tous ses sens en éveille. Mais non, c'est pas possible... Il ne savait pas combien de personnes pouvaient bien porter ce nom de famille, mais ça devait se rapprocher au moins du millier. C'était statistiquement impossible que ce soit elle. Une cousine, une nièce, une toute autre personne, mais pas elle...
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MessageSujet: Re: we're going to hell (niamh)   Mer 9 Mai - 0:28

We're going to hell
Matthew & Niamh

Nouveau jour, nouveau dossier, me dis-je alors qu'un garde pénètre dans mon bureau avec une pochette en kraft marron que je commence à bien connaître. Si j'ai eu peur de m'ennuyer lors de mes premiers jours, la direction s'est bien rattrapée ces derniers temps, avec trois nouveaux patients en trois jours. Cela ne me dérange absolument pas, loin de là, mais je n'ai clairement pas prévu la surprise d'aujourd'hui. "Votre nouveau patient, docteur. Matthew Dickens. Bon courage avec celui là, vous êtes sa quatrième psy et il est complètement malade." Je lui aurai probablement lancé une remarque sarcastique pour faire disparaître son rictus malsain si je n'avais pas été sous le choc de son annonce. Choc manifestement apparent, puisqu'il insista un peu plus en tendant plus son bras, pour que je prenne le dossier. "Un problème ?" Je sors de ma torpeur et secoue la tête, lui arrachant presque le dossier des mains, le sommant de partir sans le remercier. Je reste stoïque, les yeux rivés sur l'enveloppe. Je ne sais pas si j'ai peur ou hâte de l'ouvrir. Certainement les deux.

Je décide de regrouper mes pensées avant de découvrir le dossier. Je me lève et me prépare une tasse de thé, mon esprit tournant à mille à l'heure. Matthew est un nom extrêmement commun, non seulement en Angleterre mais dans tous les pays anglophones. Et sans être forcément génétiquement liés au célèbre auteur, un bon petit pourcentage d'Anglais porte le patronyme Dickens. Il y a donc une chance pour qu'il ne s'agisse pas de la même personne. Je ne sais pas si ce constat me réconforte ou m'attriste. Mais au fond de moi, alors que je trempe mes lèvres dans mon breuvage fumant, je ressens pertinemment une pointe d'excitation et d'espoir à l'idée qu'il s'agisse bien de lui. Je me rassois, prend une grande inspiration et me décide à ouvrir le fameux dossier. J'ai le souffle coupé lorsque mes yeux tombent immédiatement sur le visage de Matthew, dans un petit encart en haut à droite. Il n'a pas vraiment changé, mais l'expression sur son visage est encore plus dure que dans mon souvenir. J'ignore le passage sur le résumé de son identité, que je ne connais que trop bien, et passe directement aux pages suivantes. Même si je connais déjà le diagnostic, même si je sais ce qu'il a fait, je ne peux retenir les larmes qui me montent aux yeux alors que je lis les mots et remarques acerbes du médecin les ayant rédigés. Bien sûr, une partie de moi est affectée par l'horreur de l'action et le destin funeste de cette famille, mais je suis surtout bouleversée par la description faite de mon meilleur ami. Cela me brise le cœur, de voir à quel point il est encore incompris. Déjà à l'époque, personne ne l'approchait et ne cherchait à le comprendre, alors que moi je voyais bien qu'il y avait quelque chose de plus profond derrière sa pathologie. Je suis devenue psychiatre, initialement (et bêtement direz-vous sûrement) pour lui, puis après l'incident, pour pouvoir aider d'autres personnes dans le même cas. Et aujourd'hui précisément, on me donne l'opportunité de faire les deux. Ne croyez pas cependant que j'ai basculé dans une naïveté proche de la bêtise. Le chemin sera long et douloureux, mais j'ai enfin une chance, après toutes ses années à essayer de le retrouver, d'apporter à mon meilleur ami le soutien dont il a réellement besoin.

Malgré cet enthousiasme naissant, l’appréhension des retrouvailles me consume alors que l'horaire de la consultation approche. Je n'ai aucune idée de la réaction que pourra avoir Matty. Nous ne nous sommes pas vus pendant plus de cinq ans, je n'ai pas pu entrer en contact avec lui pendant tout ce temps, pour lui faire savoir que je ne l'ai pas oublié, que quelqu'un croit toujours en lui. Même si je sais que techniquement, sa pathologie l'empêche de ressentir quoi que ce soit, je ne peux m'empêcher de me demander s'il a été vexé, déçu ou même triste de cette distance. S'il sera heureux de me voir, ou si au contraire, aujourd'hui il me déteste. Des dizaines de scénarios défilent dans ma tête et je sursaute alors que trois coups frappent à ma porte. J'ai l'impression que mon cœur va quitter ma poitrine tellement il bat fort, et ma voix tremble alors que j'autorise l'entrée. Je ne peux retenir une grimace de dégoût que j'espère discrète en reconnaissant le garde, probablement le plus lourd et pervers de l'établissement, qui m'a gratifié à plusieurs reprises depuis mon arrivée de commentaires et de regards déplacés. Je déglutis, puis mon regard dérive sur l'homme grand et mince dont il tient fermement le bras. Mon cœur rate un battement et je déglutis difficilement. Son regard est toujours aussi intense, ses traits toujours aussi fins, sa présence toujours aussi imposante. "Merci, vous pouvez refermer la porte derrière vous. Et... ce n'est pas la peine de rester derrière." dis-je sans quitter Matty des yeux. Je sens l'hésitation du garde, et détourne le regard pour lui lancer un regard noir et ferme. Réticent, il quitte tout de même la pièce et j'espère qu'il suivra mon ordre. Un silence pesant s'installe rapidement dans la pièce. Je ne sais pas quoi dire, quoi faire, où me mettre. Le battement du sang dans mes tympans m'assourdit, ma gorge se noue, mes yeux ne quittent pas ceux de l'homme en face de moi. Il faut que je me reprenne, que je fasse quelque chose. Mais la seule chose que j'aie envie de faire, c'est de me jeter dans ses bras et de le serrer contre moi. Chose que je ne peux faire, n'ayant aucune idée de la réaction qu'il pourrait avoir. Je n'ai déjà aucune idée de la réaction qu'il a, là, maintenant. Son expression est plus impassible que jamais. Moi qui, il y a des années, parvenait à le déchiffrer, je suis complètement désarmée face à ce visage. Je finis par ouvrir la bouche et à articuler difficilement quelques mots. "Je.... Je, hum, a-assieds-toi, je t'en prie..." Je ne sais pas quoi dire de plus, et je ne suis même pas sûre d'arriver à dire autre chose. J'ai besoin d'entendre sa voix, à moitié pour m'assurer qu'il s'agit bien de lui, à moitié car j'espère pouvoir deviner son état d'esprit au son de sa voix grave. Cette distance et cette froideur me tue, mais je ne veux rien faire de plus tant que je n'en sais pas plus.

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MessageSujet: Re: we're going to hell (niamh)   Mer 9 Mai - 20:51

Matthew haussa les sourcils, la surprise prenant largement le pas sur sa mauvaise humeur. Cette voix, il pourrait la reconnaître entre mille. Il n'en revenait pas. C'était bien la dernière personne qu'il espérait voir dans les murs de cette institution, tellement c'était improbable et irréaliste. Il y aurait eu une vampire ou un calmar géant qu'il était été moins étonné. Mais elle. Il ne cessait de se répéter que c'était impossible, et pourtant quand la porte s'ouvrit, il fut bien obligé d'admettre que la personne trônant derrière son bureau était bel et bien celle qu'il imaginait. C'était plus acceptable que de se dire qu'il tombait un peu plus dans la folie, voire la schizophrénie, avec tout le délire des hallucinations auditives et visuelles. L'homme était peut-être cinglé, mais pas à ce point-là...

Aoife semblait terriblement mal à l'aise. Posture qu'elle adoptait souvent, en tout cas dans ses souvenirs. Cependant, dans ses souvenirs, elle n'avait jamais été aussi belle – à comparé avec ce qu'il se souvenait d'elle au fil du temps, s'en était presque une insulte. Ou alors à plus elle vieillissait, à plus elle devenait belle. Et cette constatation coupait littéralement le soufflet de Matthew. Lui qui était grande gueule avec n'importe qui, il restait bien silencieux, posté à côté du garde qui n'avait d'yeux que pour elle. Qu'est-ce qu'il devait être vexé après qu'elle l'envoya paître. « Merci, vous pouvez refermer la porte derrière vous. Et... ce n'est pas la peine de rester derrière. » Dans les règles de l'art. Une hilarité folle, face à cette situation des plus surréaliste – sa meilleure amie, qu'il n'avait pas vu depuis son internement, devenue psychiatre, sa psychiatre, qui envoyait des regards assassins à un représentant de l'ordre de l'établissement et l'envoyer bouler. Il crut bien craquer en voyant l'air penaud et perdu du garde, mais quand il croisa son regard, il se contenta d'un simple haussement d'épaule innocent.

Ils se retrouvèrent donc seuls, et ne se quittaient pas des yeux. Il retenait tant bien que mal son fou rire, n'entendant pas le garde quitter son poste. Tous ses sens étaient portés dans son dos, bien que son regard fixait intensément la jeune femme, ne sachant pas encore si ça relevait du rêve ou de la réalité. Quelques secondes s'écoulèrent, pendant lesquels il détaillait Aoife. Elle tentait de garder une certaine constance, paraître imperturbable, alors qu'il voyait bien dans ses iris le tourbillon des émotions – qu'il aurait certainement ressenti aussi... s'il en avait été capable. « Je... je, hum, a-assieds-toi, je t'en prie... » Bordel, c'est réellement elle! Comme s'il pensait que c'était encore une illusion, image d'une pulsion violente et soudaine, que son esprit aurait matérialisé devant ses yeux. Ou alors un sosie munie d'un enregistrement d'Aoife pour le piéger et le faire passer pour plus fou qu'il ne l'est... Bon, d'accord ça, ça relevait plus de la paranoïa sévère, mais il se méfiait de pas mal de monde dans cet hôpital, surtout des médecins. Tout pour lui faire cracher le morceau. Mais non, c'était bel et bien Aoife Niamh O'Callaghan, assise derrière ce bureau massif, presque trop pour son si petit corps. Sur ça, il n'était pas surprit : elle était toujours aussi petite que dans ses souvenirs.

Il ne lui obéit pas cependant. Matthew leva son index et le porta presque à ses lèvres pour lui sommer de se taire. Il sentait toujours la présence de cet abruti de garde derrière la porte. Donc, tout naturellement, il se dirigea vers celle-ci, tout en gardant son corps orienté en direction de sa psychiatre, et l’entrebâilla. Et comme il le sentait, son geôlier de la journée était toujours présent, ''faisant seulement son job''. Mais là, il valait mieux pour lui qu'il s'en aille. Vite. Parce que ses paroles vis-à-vit d'Aoife tournaient en boucle dans sa tête, et ça le rendait dingue. Quand le garde tourna le visage vers lui, Matthew avait juste envie de lui sauter à la gorge. Pour arracher ses cordes vocales, et peut-être ses parties génitales en prime. Ça lui permettrait de ne plus sortir ce genre d'infâmes jérémiades. Et tandis qu'il révélait le sourire le plus faux du monde, ses yeux étaient aussi noirs que l'ébène. « La demoiselle t'a dit de dégager ton gros cul de là. Et je crois que vous devez obéir aux psychiatres non ? Secret professionnel, tout ça. Alors vire de là. » Ça ne plu manifestement pas au garde, qui s'avança en cherchant la bagarre. Mais Matthew reprit un visage des plus innocents, tout en refermant la porte, tout en balançant ses dernières paroles. « On se cognera plus tard si tu veux, là je suis en pleine séance de thérapie pour ma maladie mentale. En privé. A tout à l'heure mon pote ! » Et il claqua la porte. Il resta quelques instants prêt d'elle, pour confirmer que le garde allait comprendre le message. Et en effet, il l'entendit s'éloigner, en le traitant allégrement de tous les noms. Matthew sourit, bien qu'il mourait encore d'envie de lui en coller une – et il espérait bien qu'il répondrait à sa provocation. Maintenant, il pouvait passer aux choses sérieuses.

Il reporta toute son attention sur Aoife, qui était resté totalement immobile, les yeux ronds tout en essayant de garder un visage impassible. Mais sa trouille irradiait la pièce. Elle avait peur de lui maintenant ?

Matthew se rapprocha lentement du bureau, un sourire s'élargissant de plus en plus sur ses lèvres, et quand il prit enfin place devant le siège en face de la jeune femme, il laissa éclater le rire qu'il retenait depuis plus longtemps. Et bien qu'il savait que c'était réel, il n'arrivait toujours pas à réaliser. Aoife était là, devant ses yeux. Quand il se calma, il s'affala sur la chaise, en ne quittant toujours pas son ancienne amie des yeux. Et bien qu'il riait à gorge déployée quelques instants auparavant, il affichait librement une mine incrédule. « Alors ça pour une surprise ! »
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MessageSujet: Re: we're going to hell (niamh)   Jeu 10 Mai - 0:12

We're going to hell
Matthew & Niamh

Je suis tellement crispée que je commence presque à avoir des crampes dans tout mon corps. Une fois le garde sorti, ni lui ni moi ne prononçons le moindre mot, nous plongeant dans un silence extrêmement désagréable, en tout cas pour moi, qui ne fait que renforcer mon sentiment de malaise. Un sentiment de malaise surenchérit par un autre sentiment de malaise, celui dû au fait que je n'ai jamais été à ce point mal à l'aise en la présence de Matthew, même au tout début où nous nous connaissions. C'est comme si ces cinq ans sans se voir, comme si le fait d'être ici pour les raisons que nous connaissons, avait altéré notre relation. En pensant à tout cela, je me dis que c'est certainement moins confus dans la tête de mon meilleur ami, qui a l'avantage certain, en tout cas dans ce cas précis, de ne pas être submergé par une rafale de sentiments tous aussi contradictoires les uns que les autres. J'essaie en vain de déchiffrer ces yeux verts dans lesquels je me suis perdue tant de fois, parvenant parfois à y déceler une pointe d'émotion, mais aujourd'hui ils me sont aussi illisibles qu'une langue étrangère. Tout ce qui transparaît de ce regard, c'est l'intensité avec laquelle il me détaille. Matthew a toujours eu ce regard perçant, parfois même glaçant, qui vous donne l'impression qu'il peut lire en vous, ou voir à travers vous, et c'est extrêmement déstabilisant. Il ne m'a pas regardé comme ça depuis bien longtemps.

Même si je n'arrive pas à savoir ce qu'il se passe dans sa tête, cela ne m'empêche pas de le détailler physiquement. Il est toujours aussi grand, et sa manière de toujours se tenir fier et droit comme un piquet lui a toujours donné l'apparence d'être encore plus grand. Mais aujourd'hui, il paraît aussi plus grand parce qu'il est très maigre. Il n'a jamais eu la carrure d'un rugbyman, mais son visage est émacié, et il n'a littéralement que la peau sur les os. Je sais que la nourriture n'est pas digne d'un restaurant étoilé à Ostrov, mais elle est tout à fait correcte et mangeable, ce qui me fait comprendre rapidement que ceci est le résultat de séjours répétés et prolongés en isolement. Mon cœur se brise encore un peu plus. Alors il les aura certainement méritées, ces punitions, me direz-vous. Certes. Mais n'oubliez pas que j'ai cette irrémédiable tendance à tout lui pardonner et à le défendre. Ses cheveux sont un peu plus courts que la dernière fois que je l'ai vu, d'après le règlement de l'établissement. Il n'a pas tant changé que cela au final, et la personne devant moi ressemble presque trait pour trait à celle qui hante mes souvenirs et mes nuits depuis cinq ans. Il est toujours aussi beau, et j'ai l'impression de me retrouver projetée cinq ans en arrière, assaillie par tous ces sentiments.

Les secondes, voire les minutes, s'écoulent sans que rien de plus ne se passe. Il ne réagit pas à mon invitation à s'asseoir, ne me quittant pas des yeux. Je n'ai absolument aucune idée de son prochain geste, de sa prochaine parole, s'il y en aura. Soudain, le mur impénétrable de son regard se fissure légèrement et je devine une pointe de malice dans ses yeux, accompagnée par un geste me sommant au silence. Intriguée, je fronce les sourcils alors que je le vois reculer de quelques pas pour s'approcher de la porte. D'intriguée, je passe à inquiète. Va-t-il tout simplement quitter la pièce et me laisser en plan, là, avec toutes ces questions dans ma tête ? Il ouvre la porte, et s'adresse au garde qui, manifestement, n'a pas fait ce qui lui a été demandé. Face à la provocation de Matthew, j'ai peur que le garde ne riposte et que cela débouche sur une rixe dont je n'imagine que trop bien la funeste issue pour l'autre homme. A mon grand soulagement, Matty referme la porte, non sans promesse d'un match retour prochain, et il semble que sa méthode ait été bien plus efficace que la mienne. Pas très surprenant, ma foi.

Je le vois alors s'approcher lentement de mon bureau, son visage se fendant d'un sourire de plus en plus large à chaque pas. Lorsqu'il se laisse finalement tomber sur le fauteuil, son éclat de rire tellement inattendu me fait sursauter légèrement. Même dans l'incompréhension la plus totale dans laquelle je me trouve face à cette réaction, je ne peux m'empêcher de retenir un sourire en assistant à la scène. J'ai toujours aimé quand il riait. Cela n'arrivait pas souvent, tout comme le voir sourire, mais à chaque fois, cela m'emplissait d'une joie unique. Il est encore plus beau quand il sourit ou rit. Malheureusement, toutes les bonnes choses ont une fin comme on dit, et son fou rire s'estompe peu à peu, au fur et à mesure qu'il se calme et reprend sa respiration. L'hilarité laisse place à l'incrédulité. Malgré ses grands yeux hébétés qui semblent sincères, je n'arrive pas à m'assurer complètement que ses mots ne sont pas pur sarcasme, comme à son habitude lors d'une conversation avec n'importe qui. Suis-je redevenue n'importe qui à ses yeux ? Sarcasme, sincérité, ou quoi que cela soit, il a dans tous les cas raison; ces retrouvailles sont littéralement ce que l'on peut appeler une surprise. Je souris et essaie de me détendre un peu, même si je suis toujours obsédée par le désir de savoir ce qu'il pense réellement du fait de me revoir après tout ce temps. "Comme tu dis... J'avais perdu tout espoir de te revoir un jour." Malgré moi, une pointe de reproche perce mon ton. Je sais que Matty a tous les droits de m'en vouloir pour ne pas l'avoir retrouvé ou recontacté, mais soyons honnêtes, rien de tout cela ne serait arrivé sans l'incendie. Mais j'imagine que si ça n'avait pas été ça, ça aurait été autre chose... Il y a certaines choses que l'on ne peut pas repousser indéfiniment.

Je soupire et relâche enfin complètement mes épaules, mon dos et mon corps tout entier pour prendre mon visage dans mes mains et me frotter les yeux par dessous mes lunettes. Puis je les retire et passe ma main dans mes cheveux avant de croiser les bras sur mon bureau. Mes yeux parcourent à nouveau le moindre centimètre carré du visage de Matty, et pendant quelques secondes encore, le silence. "Je suis désolée, Matty. Tu m'as beaucoup manqué." Je l'imagine déjà repartir dans un fou rire et me dire à quel point je suis ridicule avec mes sentiments à deux balles. Il me disait souvent que je "ressens trop". C'est certainement vrai, surtout quand il s'agit de lui. J'ai envie de lui demander comment il va, mais la question sonne ridicule. Des dizaines de questions se bousculent aux portes de mes lèvres, mais aucune ne parvient à les franchir. Elles semblent toutes tellement dérisoires. Comment en sommes-nous arrivés là, nous qui étions si proches ? A nouveau, je sens le poids de la distance entre nous qui me contrarie tant, sans pour autant faire quoi que ce soit pour y remédier. Je crois que j'ai simplement peur qu'il me rejette. Et ça, je ne pourrais pas le supporter.

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MessageSujet: Re: we're going to hell (niamh)   Jeu 10 Mai - 22:57

« Comme tu dis... J'avais perdu tout espoir de te revoir un jour. » Donc, elle ne l'a pas fait exprès... Il n'en revenait pas. Le hasard, le destin, ou n'importe quelle force autre que celles-ci, faisaient bien des miracles quand elles le voulaient. Même dans ses fantasmes les plus fous, jamais il n'aurait pu imaginer Aoife se retrouver entre les murs de ce bâtiment lugubre. Encore moins avec la blouse de psychiatre – et tout l'attirail qui allait avec, lunette, cheveux soignés, elle était carrément sexy maintenant qu'il la détaillait avec attention. Bien sûr, il avait toujours su, ou du moins il s'en doutait fortement, qu'elle était attirée par la psychologie des gens, ceux qui étaient déviants ou différents des autres. Quand elle s'était approché pour la première fois de sa table, lors de son arrivée dans la campagne irlandaise, Matthew s'était dit qu'elle s'intéressait à lui parce qu'il était mystérieux, intriguant et terriblement beau gosse – comme la plupart des minettes dans les films d'ados hollywoodiens, on s'intéresse au mec à la part sombre apparente et non pas au grand timide de service qui crève d'envie de rouler une pelle au personnage féminin. Comme la plupart des filles qui l'avaient déjà approché d'ailleurs, et qui continuaient à le faire part ailleurs aujourd'hui. Mais au fil des jours, des semaines, des mois et des années, il s'était rendu compte qu'une réelle fascination l'animait, et il n'arrivait pas à la comprendre sur ce point. Pourquoi partir tout de suite sur quelqu'un qui risquait à tout moment de l'égorger sans raison, plutôt qu'un petit autiste asperger inoffensif ? Pourquoi se jetait-elle volontairement dans la gueule du loup ? Et à ça, elle n'avait jamais vraiment répondu. Enfin, il estimait qu'elle n'avait jamais répondu réellement à sa question. Une alchimie inexplicable ? C'était possible, bien que totalement niais. Ou alors il avait été un sujet d'essai pour voir si elle ferait une bonne psy... Il était vrai que, pendant leurs années d'amitié fusionnelle, elle lui permettait de relâcher énormément de pression, et peut-être que la famille aurait passé l'arme à gauche bien plus tôt sans sa présence. Il s'en était rendu compte quand elle était parti pour Dublin. Tout d'un coup, ses pulsions s'étaient réveillé, la population d'animaux de compagnie avait été en chute libre, et il n'avait fallu qu'une petite moquerie – qu'il aurait largement pu gérer si la jeune femme avait été présente en ville – pour que tout parte en vrille. Il avait fallu qu'une simple pichenette ridicule, pour allumer l'animal qui sommeillait en lui et qui n'attendait qu'une chose : prendre le contrôle. Il ne saurait l'expliquer, mais avec la présence d'Aoife à ce moment clé, il n'aurait peut-être pas fini ici. Enfin si, mais pas à vingt-trois ans.

La psychiatre se décontracta enfin. Elle relâcha les épaules et se massa le visage ainsi que les cheveux, avant de reporter son attention sur lui. Et maintenant qu'elle avait enlevé ses lunettes, Matthew se rendit compte qu'avec elles, Aoife ressemblait à une actrice de film porno, la petite secrétaire sexy sans défense, à qui le patron faisait des remontrances avant d'envoyer le bureau valdinguer. Et les habits. Oui, il avait une bonne connaissance en la matière, il en avait vu pas mal pendant les périodes de fortes crises, où il n'avait pas lâché la bête. Du coup, soit c'était avec les premières filles qu'il voyait – et qu'il côtoyait un minimum et consentantes, il était peut-être un meurtrier mais pas un violeur, ce n'était pas un monstre non plus – soit avec des plaisirs en solitaire. Et il comprit du coup bien mieux pourquoi le garde avait jeté son dévolu sur la brunette. Matthew allait sérieusement lui casser la gueule, quand le moment arriverait.

Le silence se fit à nouveau roi en son domaine, tandis que Matthew s'affalait lui aussi de plus en plus sur sa chaise. Il croisa les bras et les jambes, plus parce qu'il ne savait pas quoi en faire plutôt que par ''langage corporel subtil pour faire comprendre inconsciemment à l'interlocuteur qu'on est sur la défensive''. C'était une belle connerie pour lui, ça aussi – évidemment, puisqu'il ne voyait pas l’intérêt des filtres de la société et des barrières que les gens mettaient eux-même en place dans leur esprit pour ne pas péter les plombs, comme il a pu le faire par le passé. Il continuait de regarder intensément son interlocutrice, guettant le moindre signe de crainte. Mais maintenant qu'elle était un peu plus détendu, elle redevenait peu à peu celle qu'il avait connu. En cinq ans, elle n'avait peut-être pas tant changé que ça. En cinq ans, certaines personnes pouvaient passer du tout au tout. Matthew lui, avait fait un pas faire sa part sombre, et c'était surtout les médecins qui l'empêchaient d'aller plus loin dans l'horreur. Sinon, il aurait sombré bien plus profondément depuis longtemps... Mais elle, elle semblait être resté fidèle à elle-même. Comme si pour elle, ces cinq années s'étaient déroulée en un claquement de doigt. Comme un souffle de vent. Comme une goutte d'eau tombant dans le lavabo. En un rien de temps. Alors que tout avait basculé.

« Je suis désolée, Matty. Tu m'as beaucoup manqué. » Matty. Ce simple surnom, innocent de prime abord, réveillait en lui une flamme, la flamme de l'incendie dévastateur, ce mot qui avait tout déclenché tourbillonnait dans sa tête avec délice. Il ne l'avait pas entendu depuis cinq longues années. Des frissons parcoururent son corps en quelques secondes, ravivant le souvenir de son seul véritable méfait contre ses pairs. Mais qu'est-ce qu'il fut bon...

Pendant quelques instants, il fut déconnecté de la réalité, revivant secrètement les sensations qui l'avaient animé cette nuit-là. Il aurait encore voulu goûter à cette allégresse, cette puissance, cette suprématie face à ses victimes. Il pouvait presque s'imaginer une bête ronronner en lui, se délectant de se souvenir gravé à jamais dans son être. C'était la première fois qu'il perdait ainsi pied avec la réalité depuis son internement.

Mais comme si l'aura d'antan d'Aoife refaisait encore son effet, cela ne dura que quelques secondes. Et quand il croisa le regard suspicieux de la jeune femme, tout s'éteignit, en laissant malgré tout une douce chaleur. Il reprit doucement conscience, ne sachant pas ce qu'il préférait entre revivre son seul – et peut-être unique, ce qui était bien triste – crime à son actif, ou reprendre ce contact avec Aoife qui lui avait fait tant de bien par le passé. Et aussi étonnant que cela puisse paraître, il décida de prendre la deuxième option. Après tout, maintenant qu'il savait que la simple évocation de son prénom pouvait lui faire un tel effet, il pourrait toujours demander à Piper de le murmurer lors de leur prochaine soirée en tête à tête. Même si ça ne fera jamais le même effet que si c'était Aoife qui le murmurait...

Matthew se concentra à nouveau sur le moment présent, et une autre partie de la phrase de la jeune femme le fit instantanément tiquer. Il fronça ainsi les sourcils, ne comprenant pas ce qu'elle voulait dire.

« Pourquoi tu es désolée ? Désolée de quoi ? » Et voyant bien que sa réplique n'était pas tout à fait ce qu'elle espérait de lui – il le voyait comme le nez au milieu de la figure – il se concentra sur lui-même pour essayer de ressentir quelque chose. A part cette soif de sang, cette soif de se défaire à nouveau ses chaînes, il ne pouvait ressentir grand chose. Mais il devait bien admettre que la présence d'Aoife, qui calmait donc ses pulsions d'une manière irréelle et inexplicable le détendait beaucoup. Lui qui était très – trop – souvent sur les nerfs, enfermé dans un endroit qu'il avait tout fait pour éviter, ne pouvant laisser libre court à ses pulsions, la jeune femme par sa simple présence, arrivait à faire descendre la pression. Et ça faisait du bien. Il n'avait jamais été aussi détendu depuis cinq ans. Il haussa finalement les épaules. « Toi aussi tu m'as manqué, Aoife. Enfin, je pense. Dans un sens. Enfin, tu dois comprendre, tu es psychiatre maintenant. Spécialisée en sociopathie du coup ? Ou je suis un cas si ingérable pour les autres médecins qu'ils ont décidé de balancer la première personne qu'ils aient recruté dans la gueule du loup ? C'est pas bien humain ça, je me trompe ? »
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MessageSujet: Re: we're going to hell (niamh)   Sam 12 Mai - 22:55

We're going to hell
Matthew & Niamh

"Pourquoi lui ?" Je me souviens que c'était la question qui obsédait mes parents, mon entourage, et probablement tout Baskin lorsque j'ai commencé à fréquenter Matty. Je me rappelle ma mère, se désolant presque quotidiennement de mon manque de lucidité dans mon choix d'ami. De mon père, qui ne disait jamais rien, mais dont le regard presque compatissant trahissait son inquiétude. Et du regard des gens dans la rue, quand ils nous croisaient côte à côte. Personne n'a jamais compris ce qui m'avait attiré vers lui. Je crois que moi-même je n'ai toujours pas compris. Je ne sais pas ce qui a fait que, ce jour là, le jour où il est entré dans cette salle de classe, j'ai été automatiquement fascinée, curieuse d'en savoir plus. Est-ce que la psychiatre d'aujourd'hui était déjà là à l'époque ? Personne n'a été surpris quand j'ai annoncé mon choix de spécialisation pour l'université. Peut-être que j'ai toujours été destinée à faire ce métier, et que Matthew a été l'élément déclencheur ? Peut-être, mais j'aime à penser que ce n'est pas que ça. Appelez-moi naïve, niaise, ce que vous voulez, mais je suis persuadée que d'une certaine manière, nous étions destinés à nous rencontrer. Que je sois attirée vers lui poussée par mes prédispositions à l'étude de la psychologie humaine, d'accord, mais pourquoi lui, de son côté, avait-il été réceptif à cela ? Les sociopathes font rarement ami-ami avec les psychiatres. Non, il y a bien quelque chose d'autre, et même si Matthew ne l'admettra jamais, il y a bien une histoire d'émotions là-dedans.

Manifestement, nous sommes tous les deux plongés dans de profondes réflexions, puisque lui non plus ne dit rien. Nos yeux toujours irrémédiablement rivés l'un sur l'autre, je me demande, pour la millième fois en dix minutes, à quoi il peut bien penser. Se remémore-t-il lui aussi le jour de notre rencontre, il y a plus de douze ans ? Pense-t-il aussi à notre amitié de l'époque ? Ou bien est-il en train de laisser ses pensées dériver vers de tout autres horizons, espérant voir passer le temps plus vite et pouvoir partir de cette pièce ? Même si je n'arrive pas encore vraiment à lire ses yeux, j'ai quand même l'impression que lui aussi, il est heureux de me revoir. Enfin, en tout cas, pas indifférent et, encore mieux, pas en colère.

Automatiquement, j'utilise ce surnom que j'ai utilisé tant de fois, que je continuais d'utiliser à chaque fois qu'il surgissait dans mes pensées, mais qu'il n'a certainement pas entendu depuis cinq ans. J'ai toujours été la seule personne autorisée à l'appeler par un surnom, même si ça n'a pas été facile de le lui faire accepter - je ne suis pas sûre qu'il l'aie jamais accepté en fait, mais puisqu'il persistait à m'appeler Aoife, ce prénom que je hais plus tout, j'avais bien le droit à une petite revanche. Donnant donnant. J'imagine qu'il pense que je ne l'ai pas vu, mais je remarque le très subtil mouvement des muscles de sa mâchoire à l'évocation de cette appellation. Immédiatement, même si ses yeux sont toujours fixés sur les miens, son regard divague et se perd dans les profondeurs que je ne peux qu'imaginer sombres de son esprit, se perdant dans le vide et s'illuminant d'une étincelle... vicieuse. Une chose est sûre, il n'a jamais aimé ce surnom, mais il n'a jamais réagit comme ça avant. A nouveau inquiète, je me demande comment ce mot, pourtant un rappel d'une période tout de même bien plus heureuse que le moment présent, est devenu un déclencheur de cette noirceur que je n'ai pas vue depuis des années ?

Les premiers mois, voire les premières années, il était très fréquent que je le surprenne à observer des animaux, ou même des gens, avec ce même regard. J'avais vite compris ce qu'il traduisait, et même si cela m'effrayait, je l'avoue, je n'avais pas abandonné. Et à force de persévérance, de distractions, de discussions (bien souvent écoutées seulement d'une oreille par le principal intéressé), les pulsions avaient fini, à défaut de disparaître, par s'estomper et devenir moins fréquentes. Je me suis toujours demandé ce qu'il se serait passé si je n'étais pas partie. Ou s'il était venu avec moi. Je ne dis pas que quelque chose n'aurait pas fini par arriver, mais je suis persuadée que l'on aurait pu éviter le point de non-retour et la situation actuelle.

Je vois bien que je l'ai perdu dans les abîmes de son esprit, et j'essaie de retrouver son regard. Lorsque j'y parviens enfin, cela semble le sortir de sa transe, et la noirceur dans ses yeux disparaît aussi vite qu'elle est apparue. Peut-être pour me distraire et m'empêcher de rebondir sur ce comportement, il fronce les sourcils et me questionne en retour. Je ne peux m'empêcher de hocher la tête, comme pour approuver cette question. Oui tiens, je suis désolée, mais désolée de quoi exactement ? Je me sens coupable de tellement de choses que je ne sais même pas par où commencer. Je hausse les sourcils et me relâche, appuyant mon dos contre le dossier de mon fauteuil, le faisant légèrement tourner de gauche à droite. Un petit rire m'échappe. "De beaucoup de choses, j'imagine. D'être partie, de ne pas avoir pu venir te voir, de ne pas t'avoir retrouvé..." Mon rire se fit un peu plus franc. "Tu sais bien qu'il faut toujours que je porte le poids du monde sur mes épaules. Alors quand ça te concerne, c'est encore pire." Il n'y a pas de reproche ou d'amertume dans ma voix. C'est comme ça, c'est l'effet qu'il a sur moi. Fichue empathie, hein ? Au moins, lui n'a pas ce genre de problème.

Mon cœur rate un battement quand il prononce les mots que je n'avais pas osé espérer. Bien sûr, ce n'est pas aussi explicite qu'une personne lambda l'attendrait, mais venant de lui, ça veut dire beaucoup. C'est comme si quelques kilos étaient lésés du poids que je sens peser sur mon cœur, mes épaules, mon corps tout entier. Je ris à nouveau légèrement à ses petits sarcasmes. "Non, pas spécialisée en sociopathie forcément. En fait, tu as été le premier et le seul..." Je me racle la gorge pour rattraper cette phrase un peu ambiguë. "Je veux dire, je n'ai jamais eu de patients diagnostiqués sociopathes." La deuxième partie de sa phrase me fait froncer légèrement les sourcils, alors que j'y réfléchis sérieusement. J'ai lu dans son dossier qu'il était déjà passé par trois confrères au sein de l'établissement, tous beaucoup plus expérimenté que moi. Pourquoi avaient-ils décidé de me l'assigner, à moi ? Les autres médecins avaient-ils tous refuser de prendre son cas ? Ou bien l'administration est-elle au courant du fait que nous nous connaissons ? Et veulent-ils en jouer, pour le manipuler ou le blesser ? Mon esprit reprend son raisonnement à mille à l'heure, et l'inquiétude resurgit. Je ne peux rien laisser lui arriver. "Je n'ai aucune idée de pourquoi ils m'ont assignés à ton dossier... Mais au moins, ça peut être l'occasion pour nous de rattraper le temps perdu..?" Je laisse ma phrase se terminer dans les aigus pour lui laisser la possibilité de refuser s'il le souhaite. Je n'ai pas envie de le psychanalyser, de le faire parler de ce qu'il a fait, de pourquoi il l'a fait. Je veux juste l'entendre me parler, comme avant, et retrouver mon meilleur ami. Même si je sais que rien ne sera comme avant - nous sommes dans un hôpital psychiatre dans lequel il est interné, après tout - je ne peux pas laisser filer cette opportunité. Pas maintenant que je l'ai retrouvé. Pas après tout ce temps.

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MessageSujet: Re: we're going to hell (niamh)   Mer 16 Mai - 23:55

Matthew était bien content de ne pas avoir la capacité de ressentir quoi que ce soit pour ses pairs. Voir Aoife s'embourber ainsi dans ses explications du pourquoi elle se sentait désolée, alors qu'elle n'avait clairement pas besoin de ressentir ça. Alors certes, et ça le jeune homme ne pouvait le nier, il y avait un lien de cause à effet entre son départ et l'incendie. Et encore, la limite avait été franchie tellement naturellement qu'il ne devait pas rester beaucoup de temps pour que sa part sombre prenne le dessus, même si Aoife avait été dans les parages. Ils le savaient tous les deux, il était une réelle bombe à retardement, prête à exploser et emporter quiconque se trouvait dans son sillage. La seule différence entre l'adolescente de l'époque et lui était cependant évidente : une tentait de retenir le monstre et d'exploiter son humanité, tandis que l'autre aimait se sentir sombrer, se laisser engloutir par ses plus vils fantasmes de meurtres. Une opposition qui n'aurait jamais pu faire bon ménage. La Lumière qui veut tirer l'Ombre de son milieu naturel. Mais comme souvent, l'Ombre a gagné cette bataille. Et certainement la guerre.

Et cette Lumière qui souriait, qui voyait bien l'inégalité de ce combat entre les instincts et la bienveillance, continuait de tendre la main vers cette Ombre, qui avait bien noircit depuis cinq ans, avec quelque sarcasme, langage qui parlait bien évidemment à son interlocuteur. « Tu sais bien qu'il faut toujours que je porte le poids du monde sur mes épaules. Alors quand ça te concerne c'est encore pire. » Il roula des yeux, tout en affichant un sourire amusé. Ça, pour ressentir tout et n'importe quoi pour tout et n'importe quoi, elle était la reine. Il l'avait toujours vu sous un angle moqueur, lui qui n'a jamais rien ressenti de tout ce qu'un humain normal devait ressentir. De l'empathie, de l'entraide pour son prochain, certainement un souci de Dame Nature pour perpétuer l'espèce – sans compter les parties de jambes en l'air bien sûr. Mais Matthew lui, était dans l'optique inverse : détruire son prochain, s'en servir pour arriver à ses fins, voire le tuer pour assouvir ses propres désirs ; et du coup envoyer balader les principes de la société et cette fichue Dame Nature. Mais peut-être n'était-il, après tout, qu'un maillon de la chaîne alimentaire, créé pour permettre d'alléger l'espèce de quelques dizaines d'individus. Pas de bol, il n'avait que quatre victimes sur son tableau de chasse, et même pas le bon profil pour se prétendre tueur en série. Quelle plaie. Elle aurait mieux fait de parier sur quelqu'un d'autre, bien qu'il ne doutait pas qu'il aurait fait un bien meilleur s'il n'avait pas été attrapé. Car s'il n'avait fallu que d'entendre son surnom prononcé par quelqu'un d'autre pour sombrer, peut-être qu'avec le temps il n'aurait fallu qu'une chevelure brune le faire chavirer de plus belle...

La brunette commençait vraiment à se détendre, reprenant peu à peu confiance bien qu'elle restait encore un peu en retrait. La surprise de ses retrouvailles était manifestement difficile à encaisser pour elle, bien qu'elle voyait bien qu'elle retrouvait presque l'homme qu'elle avait quitté quelques années plus tôt. Presque. Parce qu'elle ne pouvait pas nier qu'il avait changé, au moins physiquement. Plus âgé, avec des traits plus dur, et une noirceur dans les pupilles qui prenait de plus en plus d'ampleur. Car libéré de sa Lumière, l'Ombre avait grandi, domptée par les médicaments et les corrections qu'il se prenait. Et ça, même si elle chercherait certainement à se voiler la face, elle ne pourrait le nier très longtemps. Matty existait peut-être toujours en lui, une toute petite part en lui, mais Matthew le sociopathe assumé avait prit toute la place. Il était curieux de voir comment elle allait réagir quand elle s'en rendrait compte...

« Non, pas spécialisée en sociopathie forcément. En fait, tu as été le premier et le seul.. Je veux dire, je n'ai jamais eu de patients diagnostiqués sociopathes. » Il aurait pourtant parié le contraire, qu'elle se soit spécialisé en sociopathie. Un désir égocentrique insoupçonné ? Peut-être. Mais elle semblait tellement fascinée par son cas qu'elle était presque prédestiné à soigner ce type de malades. Enfin, ce type de personne. Il avait du mal avec le terme ''malade'' pour son cas spécifiquement. Il ne se considérait pas du tout comme malade mental, il avait au contraire l'impression d'être totalement sain d'esprit, de pouvoir penser librement sans les chaînes émotionnelles qui emprisonnent les autres personnes. Il voyait les choses clairement, sans forcément prendre partie puisque aucune part émotionnelle ne pouvait jouer sur sa perception des faits. Tout était limpide, alors que le monde des autres était tellement compliqué... Alors pourquoi lui était considéré comme fou, alors que les autres se torturaient pour des choses dont ils n'auraient même pas besoin de s'inquiéter ? Ça, ça le dépassait vraiment.

« Je n'ai aucune idée de pourquoi ils m'ont assignés à ton dossier... Mais au moins, ça peut être l'occasion pour nous de rattraper le temps perdu..? » Il grimaça, et ne put s'empêcher de répliquer. « On ne pourra jamais rattraper le temps perdu. Dans notre cas, c'est bien trop compliqué. Tu as ta vie, dehors, en liberté, et j'ai la mienne ici, jusqu'à ce que j'en sorte – ou pas, même si clairement je ne compte pas y passer le reste de mes jours. Tout ce qu'on peut faire, c'est reprendre en cours de route. Les cinq années qui sont passée sont perdues, et tu sais que c'est clairement le cas pour moi. Je n'arriverai pas à avoir le même... attachement, si je peux qualifier ça comme ça, que si on ne s'était pas séparé. » Et il haussa les épaules, comme pour lui dire ''Je suis désolé, quoi que cela veuille dire, mais c'est comme ça''. Il était content de revoir Aoife, mais son attachement permanent pour leur relation le dépassait. N'avait-elle pas une vie ? Un copain, bien qu'il n'ait vu aucun bijou qui puisse témoigner d'un lien affectif avec un autre homme – ou une autre femme, qui sait – ? Avait-elle réellement passé cinq ans à ne penser qu'à lui ? Bien sûr, il avait pensé régulièrement à elle, mais c'était sur un plan bien plus sordide... Et bien sûr, avec son honnêteté indéfectible – alors que c'était bien naturel pour lui, preuve encore que dans ce monde de fous, il était clairement sain d'esprit – il ne put s'empêcher d'essayer de la sonder et de la faire parler. Le cas d'Aoife le fascinait, bien plus que le cas de Matthew pourrait fasciner quelqu'un d'autre. « Pourquoi tu es resté attachée ? Tu sais pourtant ce que j'ai fait pour arriver ici. Ça ne te donne pas envie de fuir ? De sauver ta peau ? Parce que si j'ai craqué une fois, je pourrais le faire une autre fois, si ce n'est pas déjà arrivé... » Il laissa échapper un petit rire, se souvenant du nombre de fois où il lui avait posé cette même question, cette éternelle question. « C'est comique de voir comme les rôles restent les mêmes, même au fil du temps. Tout compte fait, tu n'as peut-être pas tout à fait tort, on pourrait presque rattraper le temps perdu. »
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MessageSujet: Re: we're going to hell (niamh)   Sam 26 Mai - 0:29

We're going to hell
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Cette situation est tellement étrange. Il est là, devant moi, et si l'on fait abstraction des quelques signes physiques du temps qui a passé, c'est comme si j'étais projetée cinq ans en arrière. Mais pas totalement. Cinq ans plus tôt, nous aurions été allongés sur mon lit, à discuter de tout et de rien, probablement à débattre d'un sujet géopolitique sur lequel Matthew en savait mille fois plus que moi, ou alors à se lancer des piques sur les noms que nous nous donnions respectivement et que nous n'aimions pas. Je sentirais sa présence toute proche à côté de moi, et en partant, nous nous serions même pris dans les bras pour nous dire au revoir. Mais aujourd'hui, cette insouciance, cette proximité physique et cette complicité me semblent bien loin. Et cela fait extrêmement mal. De toutes les retrouvailles que j'ai pu imaginer, aucune n'impliquait un asile psychiatrique - probablement ce foutu optimisme, encore une fois. Mais peu importe ce dont j'ai bien pu rêvé, je l'ai bel et bien retrouvé et il faudra faire avec cette situation, aussi inconfortable soit-elle, et aussi triste me rende-t-elle.

Le temps d'un instant, cependant, alors qu'il lève les yeux au ciel et sourit pour se moquer de ma sentimentalité extrême, tout redevient comme avant. J'imite son sourire, et lui jette un faux regard noir, avant de laisser échapper un petit rire. J'ai envie de me rapprocher de lui, mais je ne peux pas simplement me lever et passer de l'autre côté du bureau, comme ça. Alors, tout naturellement, je me dirige vers la petite commode sur laquelle repose tout mon nécessaire à thé, et entreprend d'en préparer deux tasses. Véritable irlandaise que je suis, un bon thé Barry's m'aide toujours à rassembler mes idées et à me sentir un peu mieux. Matty préfère le thé Lyons, ou en tout cas, il le préférait à l'époque, et je souris face au mur en repensant aux interminables débats que nous avions à ce sujet, dans la cuisine de mes parents les fins d'après-midi. Les deux tasses à la main, j'en dépose une devant Matthew avant de contourner son fauteuil par l'arrière et de m'asseoir sur celui qui se trouve juste à côté. Je croise les jambes et commence à siroter tranquillement le thé fumant. Dès la première gorgée, je me sens mieux. Et alors que j'attends la réponse de mon meilleur ami, ou ancien meilleur ami, je ne sais plus quoi dire, pour savoir s'il est possible pour nous de rattraper le temps perdu, je me dis que le réconfort du thé me sera plus que nécessaire. Et ça ne manque pas. J'écoute le flot de ses paroles franches et dénuées de toute compassion ou ménagement, comme je l'ai déjà fait tant de fois auparavant. Mais après cinq ans sans l'avoir pratiqué, je ne peux nier que cela ne me blesse pas au moins un petit peu.  Il ne dit pas que nous ne pourrons plus jamais être amis. C'est déjà ça, j'imagine. Mais ces cinq années sont perdues, irrattrapables, bien loin. Et surtout, surtout, ce qui me fait le plus mal, c'est cette dernière phrase. Je n'arriverai pas à avoir le même... attachement, si je peux qualifier ça comme ça, que si on ne s'était pas séparé.

Je ne sais pas vraiment à quoi je m'attendais, dans toutes ces retrouvailles imaginées. Qu'il me saute dans les bras ? Qu'il me dise que rien n'a changé, que nous sommes toujours les meilleurs amis du monde ? Je pense qu'en fait, j'ai tout simplement espéré qu'il aurait changé, qu'il serait guérit. Je soupire de mépris pour moi-même intérieurement, réalisant à quel point cet optimisme persistant est stupide. Malgré tout, je le sens toujours persister. Peut importe ce que lui en pense, Matthew est toujours mon ami, et je ne l'abandonnerai pas aussi facilement. Pas après l'avoir tout juste retrouvé.

Nouveau retour en arrière alors qu'il me pose les questions qu'il m'a posé tant de fois auparavant, les questions auxquelles je n'ai pas vraiment la réponse. C'est vrai, quoi, toute personne normalement constituée aurait tout fait pour l'oublier, nier tout contact passé avec lui, après ce qui s'est passé. Mais pas moi. Chaque jour pendant cinq ans, au moins une seconde, son souvenir m'a traversé l'esprit. Que ce soit sa voix, son visage, un souvenir d'une scène quotidienne banale... Tous les jours. Et je ne sais pas expliquer pourquoi. Rien n'a vraiment changé, comme il le dit. Je déglutis. "Je sais pas, Matty. J'en ai aucune idée. Peut-être que je suis folle. Peut-être que si les autres psychiatres connaissaient la situation, ils m'enfermeraient avec tous les autres ici. Je n'ai pas d'explication pour mon attachement envers toi, mais il est là. Et crois-moi, il n'est pas prêt de disparaître." Alors que je termine ma phrase avec la gorge nouée, tristesse et colère se mélangeant, mon téléphone se met à vibrer, ce qui me fait sursauter et sortir de cette espèce de bulle bizarre qui semble s'être formée. Distraite, je tourne la tête vers l'appareil, posé écran face au plafond, et vois le nom et la photo de contact de Connor s'afficher. Cette photo de lui qui grimace me fait habituellement sourire, mais là, maintenant, je suis déconcertée. Je réalise que je l'ai oublié, que je n'ai pas pensé à lui pendant une seule seconde depuis que j'ai appris que Matthew se trouvait ici. Et maintenant qu'il est rappelé à mon souvenir, je suis contrariée. Je ne ressens pas l'enthousiasme habituel qu'une jeune femme ressens normalement lorsque son petit ami de longue date l'appelle. Non, je suis agacée qu'il interrompe ce moment et cette conversation avec cet appel, probablement pour me raconter une anecdote stupide sur la voisine de ses parents à Sligo. J'attrape mon téléphone et décline l'appel. Je ne prends pas la peine de lui écrire pour lui dire que je rappellerais plus tard, et éteins purement et simplement l'appareil. Je relève les yeux vers Matty et soupire. "Alors, quoi ? Tu préfères que l'on s'en tienne à une relation strictement professionnelle ? Que je te bassine en te demandant pourquoi tu as fait ce que tu as fait ? Que je te prescrive des tonnes de médicaments et de drogues pour t'anesthésier à moitié ? Que je fasse semblant d'en avoir rien à foutre de ce qu'il advient de toi, comme n'importe quel autre psy ici le ferait ?" Je reprends mon souffle. C'est la première fois que je m'emporte ainsi contre lui. D'habitude, j'arrivais toujours à lui expliquer mon point de vue de manière calme, même si parfois il pouvait vraiment me courir sur le système. Mais là, le choc des retrouvailles, de le revoir, de ses paroles, s'en est trop pour moi. Je ne sais plus si je suis peinée ou énervée, certainement les deux. Je sens les larmes perler au coin de mes yeux. "Parce que je suis pas sûre d'y arriver, Matty."

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MessageSujet: Re: we're going to hell (niamh)   Ven 8 Juin - 22:07

Deux personnes censées se serraient embrassé chaleureusement, auraient discuté de leur vie respective, du nom de leur chien ou de leur enfant. Sauf qu'il n'était pas comme tout le monde. Il le savait depuis sa plus tendre enfance, avec cette barrière qui le séparait du reste de la famille. La mère avait l'art et la manière de lui faire comprendre qu'il n'était pas normal ; quant au père... il était bien trop prit par son entreprise internationalement connue pour s'intéresser à sa première progéniture. Et les frères n'arrangeaient rien, à s'enfuir dès qu'il approchait comme s'il était animé par des pulsions morbides – les enfants arrivent décidément à mieux sentir le malsain et le danger que les adultes qui ont tendance à se voiler la face –, à faire en sorte de l'impliquer dans leurs bêtises pour qu'il soit celui qu'on punissait ; bref, la famille ne cessait de lui répéter constamment qu'il n'était pas comme eux. Et il avait fini par sombrer totalement dans sa maladie, ne voyant personne lui tendre la main. Il savait où se trouvaient les limites de la société, il pouvait grandir sans attirer plus l'attention qu'il ne l'attirait déjà.

Et puis, il y eu Aoife, qui malgré les remontrances, les interpellations, les interdictions de ses proches, n'avait rien voulu savoir, et avait créer le seul et unique lien que Matthew admettait avoir avec quelqu'un. Une amie, même s'il ne saisissait pas bien l'importance de ce lien. Une personne pour qui on pourrait tout faire – faire la bringue, cacher un cadavre – et qui, en retour, pourrait tout faire pour nous. Le jeune homme n'arrivait certes pas à attraper ce concept, mais il était certain qu'il était attaché à Aoife d'une manière ou d'une autre. Qu'elle soit malsaine, ou non...

La psychiatre se leva soudain, le sourire aux lèvres, et se dirigea vers une commode à proximité, où une belle théière en faïence trônait fièrement avec deux tasses. Il la reconnu immédiatement : c'était la théière de sa grand-mère maternelle, pour laquelle elle ressentait un véritable attachement affectif. Il ne fut pas surprit de constater sa présence, conscient que la brunette aurait pu l'emmener à l'autre bout du monde s'il l'avait fallu, sans que sa mère ne puisse en dire un mot. C'était drôle de voir un tel lien affectif envers un objet, alors que c'était à peu près ce que ressentait Matthew pour les êtres humains. Comme s'il était entouré de théières, mais qui au lieu de faire du délicieux thé, déversaient d'innombrables paroles, toutes plus insignifiantes les unes que les autres. Mais la théière qui se détachait du lot, bien évidemment, se tenait à proximité. Loin du cliché du gamin paumé ayant trouvé une oreille attentive et réconfortante, il avait trouvé une certaine fascination pour la propre fascination de la jeune femme. Leur relation se basait sur ce constat : ils s'intriguaient mutuellement. Ce qui était particulier pour commencer une relation longue, qu'elle soit amicale ou autre, on est bien d'accord, mais c'était leur cas. Il ne put s'empêcher de lui demander, pour la millième fois, pourquoi elle restait attachée à lui alors qu'il avait réduit la famille en cendre.  « Je sais pas, Matty. J'en ai aucune idée. Peut-être que je suis folle. Peut-être que si les autres psychiatres connaissaient la situation, ils m'enfermeraient avec tous les autres ici. Je n'ai pas d'explication pour mon attachement envers toi, mais il est là. Et crois-moi, il n'est pas prêt de disparaître. » Folle, je ne pense pas. Émue, certainement. Il ne ressentait peut-être rien vis à vit des autres, mais il était un expert pour interpréter leurs émotions. Et le nœud dans la gorge de son amie vrillait dans ses oreilles. Certainement qu'elle s'était attendu à une tout autre approche de la part de Matthew. Quelque chose de plus charnel, de plus émouvant pour leurs retrouvailles. Mais après cinq ans d'enfermement dans cet asile, l'état du patient n'était pas allé en s'améliorant, pas du tout. En fait, il avait retrouvé les mêmes rapports de force, le ''tu es cinglé, on doit te fuir et t'empêcher de nuire à coup de médicaments'' que dans sa vie passée, même si son seul meurtre officiel avait réussi à apaiser ses pulsions pendant un certain temps. Mais personne n'avait cherché à l'approcher pour réellement le comprendre – il empêchait d'ailleurs quiconque de le faire. Et il était bien avec ça. Finalement, Aoife devait se mettre en tête qu'elle allait peut-être devoir tout recommencer depuis le début...

Sauf si élément perturbateur il y a. Or, c'est ce qui arriva. Le portable d'Aoife se mit à vibrer sur le bureau, et comme tout être humain vivant en dehors d'un asile psychiatrique et adapté à l'avancée technologique, la brunette tourna la tête vers la source de ce bruit. Matthew y porta aussi son regard, piqué par la curiosité, de manière moins flagrante que sa chère psychiatre, mais assez pour voir une chose qui ne lui plaisait pas du tout. Le visage d'un homme inconnu grimaçant s'afficha sur l'écran tactile, avec le prénom de Connor. Il ne connaissait pas cette personne, sûrement une rencontre qu'elle a fait durant ces cinq années de silence radio. Mais la simple idée qu'un autre homme puisse la côtoyer piqua ses nerfs à vif, et il serra les dents. Bien sûr qu'elle avait déjà traîné avec des garçons quand ils étaient adolescents, mais Matthew dégageait une aura tellement forte qu'ils ne supportaient pas longtemps l'amitié fusionnelle entre lui et Aoife. Là, savoir que ce ''Connor'' avait tenté de l'appeler, avec en plus une telle photo pour le représenter sur le téléphone, signifiait qu'ils devaient certainement très – trop – bien se connaître...

Elle ne prit pas l'appel, et éteignit immédiatement le smartphone. Toute image s'évanouissait, mais les traits de cet inconnu était dorénavant dans sa boîte crânienne. Et si ses soupçons se confirmaient, il ne pourrait jamais l'oublier. Jamais.

Aoife releva soudain les yeux vers lui, un regard de détresse transperçant ses rétines. « Alors, quoi ? Tu préfères que l'on s'en tienne à une relation strictement professionnelle ? Que je te bassine en te demandant pourquoi tu as fait ce que tu as fait ? Que je te prescrive des tonnes de médicaments et de drogues pour t'anesthésier à moitié ? Que je fasse semblant d'en avoir rien à foutre de ce qu'il advient de toi, comme n'importe quel autre psy ici le ferait ? Parce que je suis pas sûre d'y arriver, Matty. » Le ton qu'elle utilisait le déstabilisa. Elle qui avait toujours eu un tempérament plutôt serein et posé, venait presque de l'agresser verbalement en montant le ton, l'émotion facilement repérable. Il leva imperceptiblement les sourcils, tandis qu'elle reprenait doucement ses esprits, les larmes aux yeux. Elle semblait réellement peinée par tout ça : leurs retrouvailles, certainement sa désillusion de la réalité, les réponses sans filtres de Matthew. Il comptait vraiment pour elle, il s'en rendait bien compte, mais sa sociopathie ne pourrait jamais être guérie ; atténuée par les dits médicaments, mais que durant quelques heures. Qu'espérait-elle, qu'il devienne doux comme un agneau pour vivre une relation saine ? Il ne pourrait jamais être normal, mais il pouvait s'en approcher. En la caressant dans le sens du poil. Car son agressivité soudaine montrait une chose : s'ils devaient se résigner à une telle relation comme elle la décrivait, elle en serait malheureuse. Et peut-être que lui aussi. On ne pouvait nier un attachement entre eux, même s'il était difficile de le définir. Mais maintenant qu'ils s'étaient retrouvé, il ne comptait pas la laisser repartir comme ça.

Il se décontracta tant bien que mal, toujours l'image de cet inconnu dans la tête, et croisa les jambes de manière nonchalante, tout en buvant une gorgée de thé. Barry's, évidemment. Et il ne pouvait nier que boire à nouveau ce breuvage après cinq ans de sevrage forcé, ça lui faisait le plus grand bien.  « Bien sûr que non. Et ce n'est pas seulement à cause de mon potentiel état de santé, si jamais tu devais me droguer. On sait très bien que ça ne pourrait pas marcher. On pourra pas – ou difficilement – rattraper le temps perdu, surtout dans de telles conditions, mais on ne pourra pas se traiter comme de simples inconnus. On est trop proches. » Il se redressa légèrement, et profita de sa nouvelle proximité avec la jeune femme pour rapprocher un peu le fauteuil. Lui qui n'avait pas son pareil pour embobiner les gardes ou les autres patients – surtout les patientes à vrai dire – il savait qu'il devait utiliser des pincettes avec Aoife pour la guider vers un chemin qui lui plaisait plus, un chemin qui la ferait remonter cinq ans en arrière. Au temps de son innocence, qui le fascinait tellement. « A vrai dire, c'est aussi parce que je n'ai pas envie qu'on tienne une telle relation. Je suis ce que je suis, et les cinq années ici n'ont pas vraiment arrangé mon cas. Mais l'idée que tu sois seulement ma psychiatre ne me plaît pas. Et je sais que ça ne te plaira pas non plus. De toute façon, sincèrement, à quoi ça servirait qu'on s'en tienne là ? Tu sais déjà tout de moi, puisque objectivement, tu étais la seule à vouloir creuser en moi. Alors ça serait un peu répétitif, tu ne crois pas ? » Il se permit alors une chose qu'il rêvait de faire depuis son enfermement : il tendit la main vers Aoife, et la posa délicatement sur son avant-bras, sans serrer, juste la poser même si ça ressemblait presque à un frôlement. « Je suis agréablement surpris que tu sois là, sincèrement. »
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MessageSujet: Re: we're going to hell (niamh)   Mer 11 Juil - 16:31

We're going to hell
Matthew & Niamh

Nostalgie versus réalité. N'est-ce pas ce à quoi je suis confronté à ce moment ? Mes souvenirs d'enfance et d'adolescence sont intacts, cette amitié a bel et bien existé et la complicité était réelle. Même son visage n'a pas tant changé. Et pourtant, j'ai de plus en plus l'impression de ne pas reconnaître la personne en face de moi. Je crois que je suis en train de réaliser, petit à petit, maintenant que l'euphorie des retrouvailles commence à s'estomper, à quel point ces cinq années l'ont changé. Qu'il n'est plus le Matthew que j'ai connu, et qu'il ne le sera probablement plus jamais. Ma gorge se serre alors que je me demande ce qu'il se serait passé lors de ces cinq années si nous n'avions pas été séparé. A quel point nous serions dans une situation différente à ce moment même. Ma présence quotidienne aurait-elle suffit à éviter le passage à l'action ? Probablement pas. Aurait-il finit par faire du mal à sa famille ? C'est plus que certain. Mais j'aurais été là pour l'après, je l'aurais soutenu, rendu visite, suivi n'importe où. Je n'aurais pas laissé tomber mon meilleur ami. Mais je l'ai bel et bien fait. Cette culpabilité a toujours été là, bien enfouie et jamais évidente, mais maintenant, elle surgit, elle explose. Pourtant, je n'y suis pour rien dans ce qui s'est passé. Chacun est responsable de ses actions, et je n'ai pas, moi, personnellement, fait quoi que ce soit qui ait pu nuire aux Dickens, alors c'est ridicule, voire insensé, que je culpabilise de quoi que ce soit, non ? Mais c'est une culpabilité irrationnelle, vous savez, comme la culpabilité du survivant. Il n'y a rien que l'on ai pu faire, on était au bon endroit au bon moment.

Sauf que moi, j'aurais pu faire quelque chose. Depuis cinq ans, je n'arrive pas à me sortir cette certitude de la tête. De me dire que si j'avais été là, si j'étais restée, les choses auraient été différentes. Peut-être pas, certainement pas, me direz-vous, mais la vérité est que nous ne le saurons jamais. Et l'on y peut rien changé, alors je continue de blâmer pour quelque chose que je n'aurais peut-être pas pu empêcher. Mes émotions ont embarqué dans de terribles montagnes russes depuis l'entrée de Matty dans mon bureau, et c'est épuisant. J'ai envie de lui dire de partir, pour arriver à assimiler ce qui est en train de m'arriver, mais en même temps je ne veux pas le laisser partir, ne serait-ce que quitter cette pièce, de peur de le perdre à nouveau. J'ai l'impression que désormais, ma vie ne se résumera plus qu'à ça : une éternité de contradiction, entre ma raison qui commence à se faire de plus en plus insistante et mon cœur qui refuse encore et toujours de lâcher prise. J'en viens à faire abstraction de tout, de la tasse de thé sûrement froide maintenant, de l'appel de Connor - de l'existence pure et simple de Connor, de quoi que ce soit d'autre que la présence de Matty en face de moi, et de mon esprit qui tourne à mille à l'heure, tellement que je commence à en avoir mal au crâne. Je ne me souviens plus de ce qui a été dit, je ne sais pas quoi dire ou faire. J'ai l'impression d'être coincée dans un rêve, ou plutôt un cauchemar, où j'aurais enfin retrouvé mon meilleur ami mais qu'il m'était inaccessible. Tout ce que je veux, là, tout de suite, c'est être il y a cinq ans, couchée dans l'herbe verte de notre village, ma tête barrant son torse alors que l'on parle de tout et de rien, comme d'habitude. Pour la première fois de ma vie, l'idée de briser les règles me traverse l'esprit. De s'enfuir, maintenant, de tout laisser derrière et de tout recommencer. Mais le fantasme me passe bien vite. Nous sommes tous les deux bien plus en sécurité ici.

J'ai l'impression qu'une éternité s'est écoulé depuis la dernière fois que j'ai pris la parole, m'emportant un peu contre lui. Je me sens abattue, vautrée dans cette chaise et les yeux fixés sur ce visage que je parvenais autrefois à si bien déchiffrer. Je ne veux pas me résoudre à l'idée que Matty ait complètement disparu et qu'il faille tout recommencer. Malgré l'improbabilité de la chose, j'attends toujours qu'il tende la main vers moi. Enfin, Matthew reprend la parole, et je me détends légèrement au fil de ses paroles. Je ne sais pas s'il pense vraiment ce qu'il dit, mais je veux y croire alors ça me suffit.

Le contact de sa main sur mon bras me prend totalement de court. Mon souffle se coupe, mon coeur s'arrête et le moindre centimètre carré de mon corps ressent son toucher. Même si je sais que je ne rêvais pas, cela rend tout beaucoup plus réel. Il est vraiment là. J'ignore comment je réussi à réprimer l'envie brûlante de me jeter dans ses bras, de le serrer tellement fort et de ne plus jamais le lâcher. J'en meurs d'envie mais je ne le fais pas. A la place, je continue simplement de l'écouter. Il est agréablement surpris que je sois là. En langage Matthew Dickens, cela veut presque dire qu'il est heureux. Je sais qu'il se force à me dire ces choses pour me rassurer, mais il ne m'en faut guère plus. "Moi aussi je suis heureuse de te revoir, Matty." Je laisse échapper un triste sourire, éreintée par le mélange de sentiments qui me submerge toujours. Au moins, nous sommes tous les deux d'accord pour ne pas se traiter en simples inconnus. Heureusement, car je ne l'aurais pas supporté. Mais où reprendre ? Que dire à quelqu'un que l'on a mieux connu que soi-même mais plus vu pendant cinq ans ? Et qui a, qui plus est, passé ces cinq années enfermé dans un asile psychiatrique, pour meurtres ? Je me maudis de n'avoir que du thé dans mon bureau. C'est d'un bon whiskey dont j'ai besoin là. "Est-ce que ça t'as apporté un peu de paix, au moins ?" La question me brûle les lèvres depuis tellement d'années qu'elle en sort presque toute seule. Je n'avais pas vraiment prévu de parler de ça, du moins pas aussi rapidement après l'avoir retrouvé, mais c'est tout ce que je trouve à lui demander. Parce que la réponse est importante pour moi. J'ai besoin de savoir que même si ce qu'il a fait est horrible, cela l'a un peu soulagé du mal-être qu'il ressentait.

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MessageSujet: Re: we're going to hell (niamh)   Dim 16 Sep - 1:40

Pendant des années, il passait le plus clair de son temps à la revoir dans ses pensées. Revoir le reflet doré de ses cheveux. Revoir son sourire toujours franc et sincère. Revoir le moindre de ses faits et gestes, le moindre tic qui animait la moindre parcelle de sa peau de porcelaine – jouer avec le bout de ses cheveux, se mordiller les lèvres, cligner frénétiquement des yeux à chaque compliment, compter chaque marche en montant un escalier, faire cliquer son stylo bille deux fois systématiquement. S'il était un jeune homme sain et équilibré – et un tantinet romantique – il dirait qu'il est certainement attiré, voire amoureux de cette personne. Sauf qu'il est loin d'être sain, encore moins équilibré, et il se rend plus ou moins compte que ce qu'on pourrait naïvement considérer comme de l'attirance, est en réalité une obsession bien plus malsaine. Comment ça pourrait en être autrement ? Après tout, Matthew est tout à fait conscient qu'il est dangereux pour autrui, à force qu'on le lui répète. Mais curieusement, même lui ne semble pas avoir conscience de la gravité de la situation...

 « Moi aussi je suis heureuse de te revoir, Matty. »Matthew se détendit en entendant les propos de la jeune femme – surtout à la nouvelle évocation de son surnom. Lui qui voulait la caresser dans le sens du poil, pour ne pas risquer de perdre l'attention qu'elle lui portait depuis de nombreuses années, il avait réussi. Du moins pour l'instant. Ça allait être un travail de longue haleine pour qu'il obtienne totalement ce qu'il voulait. Cependant, il se souvenait de la naïveté et de la candeur de son amie. Il ne doutait presque pas qu'elle avait gardé ce côté idéaliste dont il se moquait parfois – très souvent – à l'époque. Elle voulait toujours voir le bon côté des gens, même si ces mêmes gens avaient commis les pires atrocités. Ces cinq années d'internement n'avaient pas du temps arrangé le caractère et la sociopathie de Matthew, mais elles n'avaient manifestement pas altéré le jugement d'Aoife sur son ami. Sinon, elle ne se permettrait jamais un rapprochement aussi rapide, surtout en ayant fait des études de psychologie, et connaissant certainement les bruits de couloir au sujet de Matthew. Bien qu'il n'aimait pas crier victoire trop tôt, pour se laisser le temps de voir la descente de sa victime, il voyait sa réussite inéluctable. Et dans son scénario parfait, ''Connor'' aurait une place réservée au fond d'un trou.

Imaginer mille et une tortures sur les personnes qui lui causaient du tort, ça aussi était devenu son passe-temps favori. Même s'il avait déjà expérimenté la chose un nombre incalculable de fois avant de commettre son premier meurtre. Une lame tailladant un bras, une jambe ou un visage, le feu produisant des cloques au fur et à mesure que les flammes viennent lécher la peau, les cris, les souffrances, l'acide rongeant les chairs, les vaisseaux sanguins, les os. En général, tout se mélange dans sa tête, jusqu'à lui en faire perdre la tête et ses moyens, avant qu'on ne vienne le calmer à coup de médicaments. Il n'y avait qu'avant le meurtre de la famille où il imaginait son scénario parfait, dans les moindres détails, en toute sérénité. Étrangement, pour ''Connor'', c'était tout autre. Il voyait déjà quelques scènes dans son esprit, toutes plus jouissives les unes que les autres – chute du haut d'une falaise, démembrement lent et atroce dans une cave sordide, tabassage à mort avec quelques ongles arrachés, couper les mains qui ont potentiellement trop touchée le corps d'Aoife, arracher ses yeux qui l'ont trop regardé... Mais il allait devoir réfléchir plus tard à quel déroulé était son préféré, sur toute le panel que son cerveau est capable de produire. Il aurait tout le temps d'y penser, encore et encore... ''Connor'' aurait le temps de mourir mille fois.

« Est-ce que ça t'as apporté un peu de paix au moins? » Un frisson remonta le long de sa colonne vertébrale. Bien sûr qu'elle parlait du meurtre. Du barbecue géant organisé par ses soins, pour faire disparaître les personnes qu'il détestait plus que tout au monde. Et bien sûr que ça lui procurait un plaisir incroyable à la simple évocation de cet événement, aussi bien physiquement que psychologiquement. S'il avait été sain d'esprit, il aurait même pu dire que repenser régulièrement à cette scène l'avait empêché de tomber dans la folie, enfermé entre quatre murs pendant cinq ans. En vérité, son souvenir était la seule chose qui lui restait de son méfait. Un salopard de garde avait trouvé malin de déchirer le seul exemplaire d'article de presse parlant de son incendie pour le punir – il s'était bien vengé par la suite – et son crime remontant à quelques années, ils en parlaient rarement voire jamais à la télévision – surtout que les gardes se gardaient bien de diffuser les programmes télé qui traitaient des crimes de leurs patients, certainement pour éviter toute compétition... Alors, quand quelqu'un en faisant mention, il sentait toujours l'euphorie monter, parfois même exploser dans certaines situations de grande humeur. Et le fait que ce soit cette fois Aoife qui en fasse référence le mettait dans tous ses états, bien qu'il garda un total contrôle de façade. Si elle avait le pouvoir de lire dans ses pensées, elle pourrait vivre la scène comme si elle y avait participé. La chaleur, les flammes, l'odeur entêtante d'essence, les cris, les formes enflammées gesticulant aux fenêtres, l'odeur de chair brûlée, les sirènes des policiers. Tout ça dans un tourbillon d'image toutes plus horrifiques les unes que les autres, où il s'imaginait dans les couloirs de la maison en flammes, s'approcher de la forme humanoïde de la mère, les flammes faisant fondre le masque de perfection qu'elle avait instauré pendant toutes ses années. La voir le supplier de tout arrêter avec son visage cauchemardesque, tandis qu'il la regarde souffrir en arborant un sourire béat sur ses lèvres.

Il se força a revenir dans la réalité, après avoir passé quelques secondes le regard dans le vide, sans vraiment s'en rendre compte. Il reporta ensuite son attention sur son interlocutrice, qui semblait toujours attendre la réponse à sa question précédemment posée. Elle semblait vouloir encore jouer ce rôle de protection qu'elle avait déjà endossé plus ou moins consciemment. Elle ne voulait vraiment pas comprendre que c'était elle qui avait besoin d'une protection... Enfin, il laissa ses lèvres s'étirer, non pas dans ce sourire fou qui le caractérisait bien trop souvent, mais un sourire franc de contentement, tandis que glissaient de ces dites lèvres ces quelques paroles : « Tu n'as pas idée, Aoife... » Aurait-elle enfin un sursaut d'instinct de survie ? Voudrait-elle connaître les détails du meurtre ? - Il ne pouvait nier qu'une telle demande lui procurerait là aussi un plaisir indéfinissable. Il laissa planer le silence quelques instants, avant de retirer sa main du bras de la jeune femme pour s'accouder nonchalamment à son fauteuil, mais le corps toujours complètement tourné vers la brunette. Il se contrefichait en règle général du ''langage corporel'' – qu'il considérait plus comme une masturbation intellectuelle que comme une vraie science – mais si ça permettait de guider inconsciemment Aoife dans ses filets, il était prêt à s'y plier bon gré mal gré. « Tu sais, depuis le meurtre, je n'ai pas eu une vie bien palpitante, tu t'en doute. Mais toi alors ? Qu'as-tu fait pendant ces cinq dernières années ? » finit-il par lâcher tout en buvant une gorgée de thé, en ne la quittant pas des yeux. Il devait reprendre le total contrôle sur lui-même, et le thé l'y aidait assez, étonnement. Bien sûr il était surtout intéressé par la partie relationnelle de la vie de la jeune femme. Qui pourrait potentiellement partager sa vie... mais même si elle était un tantinet naïve, elle n'était pas non plus stupide. C'est bien pour ça qu'il restait le plus évasif possible, pour en connaître plus sur sa vie pendant son absence, et peut-être un peu plus que ce trouble-fête de ''Connor''.
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